Tandem
X Clamp


C'était un bel après-midi pour la saison.
En fait…N'importe quel après-midi était appréciable: le destin du monde et peut être sa destruction était proche alors…la météo et autres futilités de ce genre avaient encore moins d'importance que d'habitude…
Mais tout de même: c'était un bel après-midi pour recevoir quelqu'un…

Karen était assise dans son fauteuil, son ours sur les genoux.
Elle regardait par la fenêtre, en silence.
On aurait pu la prendre pour une poupée, assise ainsi, immobile, le regard fixant un point vague de l'horizon.
Et pourtant…

C'est inutile…alors pourquoi y penser sans cesse ainsi…?

Dans le mot je t'aime

Il a une vie…une femme, une petite fille...pourquoi voudrait-il perdre tout ce qu'il a??? C'est idiot…

Le sifflement de la bouilloire la fit sortir de la transe dans laquelle elle était plongée.
Elle se leva, posa délicatement l'ours en peluche dans le fauteuil, et se rendit dans la cuisine.
Machinalement, elle fit ces gestes qu'elle faisait pratiquement tous les jours depuis plusieurs années maintenant: la tasse, la soucoupe, le thé, un soupçon de sucre, sa gourmandise la perdrait sans doute, quelques gâteaux….mais pour deux cette fois.
Elle sourit intérieurement.
Elle ne savait ni pourquoi ni comment, mais elle était persuadée qu'elle aurait de la visite…

Le tout placé sur un plateau, elle versa l'eau chaude dans sa tasse (inutile de préparer l'autre, le thé froid n'était plus tout à fait de rigueur), et alla s'installer à nouveau dans son salon.

Trop de M

Je n'avais jamais ressenti cela pour personne avant…du moins je ne crois pas…mais à quoi bon le lui dire de toutes façons??

Bien installée dans son canapé cette fois, elle laissa échapper un long soupir.
Elle saisit un gâteau et mordit dedans.
Elle ne put s'empêcher de sourire en pensant qu'il les aimerait sûrement. Il faudrait qu'elle lui en offre à l'occasion, cela lui ferait sûrement plaisir: après tout, n'était-il pas au moins aussi gourmand qu'elle?

Je t'aime…aime….…comme "médisance"…"mépris"…"massacre"…"mort"… se surprit-elle à penser…

Peut-être la perspective de cette visite qui l'amenait à penser ce genre de choses, allez savoir…

Et jamais jamais un seul N

Malgré tout elle continua.

Etrange…étrange qu'un sentiment comme celui-ci puisse être si facilement rapporté à ces choses là…alors que la haine……nouveau…naissance…

Elle secoua la tête comme pour chasser les mauvaises pensées, et but une gorgée de thé brûlant…
Elle grignota un autre gâteau, le regard à nouveau fixé sur l'horizon.
Peut être son visiteur du jour viendrait-il de là…

Dans amour toujours
C'est le pour

Seiichiro-san était vraiment un homme charmant.
Toujours souriant, serviable, se souciant bien souvent des autres avant même de faire attention à lui…
Bref, un homme parfait, ou presque.
Elle se souvenait encore de sa tête quand elle lui avait déclaré le plus sérieusement du monde que tous les hommes bien étaient soit déjà mariés, soit homosexuels…
Le pauvre…il ne devait sans doute pas s'attendre à une réflexion de ce genre!!

Il semblait si…si naïf parfois…comme si une part de sa personnalité avait refusé de grandir, et était demeurée innocente…

Il resterait sans doute marié à sa femme jusqu'à la fin de ses jours, et ne la tromperait jamais.

Rien que cette pensée le ferait mourir de honte j'imagine...

Un sourire tendre se dessina sur ses lèvres.
Comme elle aurait voulu…juste une seule fois…

Ou le contre c'est souvent la haine

Mais pourquoi rêver toute éveillée?? Jamais il ne poserait sur elle les yeux qu'elle espérait, jamais il ne ressentirait pour elle ce qu'elle ressentait pour lui…alors à quoi bon se torturer sans cesse?? Et pour un idiot incapable de…

Non…non il ne faut pas…c'est le destin…il devait la rencontrer et l'aimer, elle…pas moi…

Elle se laissa aller dans le canapé, et but une autre gorgée de thé.
Elle reposa la tasse dans la soucoupe, sur le plateau, et soupira, une fois encore.
A bien y réfléchir…qui pourrait bien vouloir d'une fille comme elle??
Elle ne répondait pas aux critères en vigueur pour une épouse.
En tous cas pas pour une "bonne" épouse…

On m'dévisage

Tous ces hommes, au salon…
Des pervers sans cervelle, uniquement guidés par leurs hormones et…autres choses…
Elle s'était toujours refusée à fournir d'autres services que celui requis par son contrat, même lorsque la requête était formulée par un éminent politicien ou un PDG.
Elle gagnait assez bien sa vie, et elle n'était pas à vendre.
Pas comme ça…
Pas pour eux...jamais…

On m'envisage

Bien entendu, ses tenues de "travail" et ses manières parfois, son franc parler aussi, pouvaient laisser penser le contraire.
Tout le monde pensait la même chose en la voyant, sans chercher à voir plus loin.
Et pourquoi se donner cette peine? Cela semblait si évident…

Comme une fille que je ne suis pas

Mais si elle avait voulu faire la pute, alors elle aurait postulé dans un peep show, et puis elle se serait ensuite installée à son compte, comme poule de luxe…

Pour un décolleté trop plongeant au goût de certaines, pour une robe fendue trop haut aux yeux de certains, elle était rabaissée au rang de pariât, une hérétique moderne, ne se bornant pas à des cols roulés et des robes longues, de rigueur pour une jeune fille japonaise bien élevée et bien rangée….
"Bien rangée"…
C'est ce que lui avait dit une vieille femme une fois dans la rue, alors qu'elles se croisaient simplement.
"Une jeune fille bien rangée ne porte pas ce genre de chose!!" avait-elle déclarée…
Comme si elle n'était qu'un meuble ou mieux, un simple bibelot qu'un homme se ferait un devoir de garder à peu près présentable et d'exhiber à ses connaissances…

Je m'exile

Peut était-ce pour cela qu'elle avait choisi de vivre seule.
Elle avait eu quelques aventures, mais jamais elle n'avait parlé mariage ou vie de couple.
Jamais.
Et quand c'était l'autre qui amenait le sujet, elle lui faisait clairement comprendre, quand elle ne lui balançait pas carrément à la figure, que c'était hors de question de son coté.
Elle ne les empêchait pas de partir.
Elle pouvait comprendre que ces hommes désirent une vraie vie de famille, avec des enfants.
Mais pas elle…

Trop fragile

Trop de choses à cacher.
Un passé trop lourd à porter, encore plus à partager.
Sans compter sa…"profession". Ni son rapport plus que particulier avec le feu d'ailleurs…
Elle aurait dû la quitter bien sûr, et pour quoi faire?? Rester à la maison??
Non, jamais…
Elle serait devenue folle au bout de 72 heures.
Sortir et voir du monde était plus que vitale pour elle. Ca lui était autant nécessaire que l'air qu'elle respirait, que l'eau qu'elle buvait.
Des liens avec l'extérieur, pour mieux être seule avec elle-même.

Mille et une nuits m'éloignent de moi

Parfois elle avait l'impression de se perdre au milieu de tous ces gens…
Mais qu'importe….
Même si cette façade, ce mur qu'elle avait construit autour d'elle l'isolait plus qu'il ne la protégeait…
Mieux valait cela aux blessures infligées lorsque l'on se lie trop aux autres…

Et pourtant….lui ne semblait pas comme tous ces autres qu'elle avait connus avant…

Il est si gentil…si charmant…si…

Elle sourit à nouveau: vraiment un homme parfait!!

Oups…mieux vaut peut être que j'arrête de penser cela, il pourrait se vexer, songea-t-elle en pensant à son éventuel visiteur…

Dans le mot je t'aime
Tandem
Autant d'M

Mourir….mourir d'amour…mourir par amour…
Digne d'un mauvais roman à l'eau de rose…
Mais si c'était ce que le destin avait en réserve pour elle, alors soit.
Et même si ce n'était pas le cas, tant pis: mieux valait qu'elle meurt pour lui que l'inverse.

Il faudra que je songe à poser la question à mon hôte…

Rien ne la retenait ici, contrairement à lui.

Parfois ça brille comme un diadème

Je ne devrais pas penser des choses pareilles…il m'en voudrait sûrement…

Elle laissa échapper un petit rire coquin.
Elle l'imaginait d'ici: "Non, Karen-san, il ne faut pas dire une chose pareille!! Des tas de gens seraient tristes si vous mourriez!! Je serais triste si vous disparaissiez…"
Et bien entendu, ce regard…
Ces yeux de petit garçon timide qui se retrouve face à une grande personne, et qui la contredit alors que ses bonnes manières le lui interdisent….
Des sentiments à son égard si purs…si doux…

Toujours le même thème

Il est sans doute le seul être vivant sur cette terre à ce point dénué d'a priori…

Autrement, comment expliquer ce regard à la fois tendre, aimant, mais innocent qu'il portait sur elle?
Comment expliquer qu'il ne ressente pour elle qu'une profonde amitié et un profond respect??

Tous les autres la voyait comme une fille de mauvaise vie, sauf peut être les autres dragons du ciel, qui avaient appris à la connaître…grâce à lui d'ailleurs…
Mais à l'entendre, elle n'était qu'un être pur, blessé par son passé.
Il n'était pas au courant mais il avait deviné qu'il y avait quelque chose….

Si perspicace parfois…

Tandem
C'est idem

Elle grignota un autre gâteau, et reprit une gorgée de thé.
Du thé à la menthe…
Son préféré…le sien aussi d'ailleurs…
Quand il était venu cette fois là, et qu'il avait pris son ours sur ses genoux, c'est du thé à la menthe qu'elle lui avait offert.
Bien sûr, le goût devait être légèrement faussé mais….c'était nécessaire.
Il ne devait pas courir le moindre risque.
Pas avec une femme et un enfant.
Et elle savait parfaitement qu'il ne la laisserait pas s'exposer…

Bientôt le crash

Un jour elle lui dirait.
Un jour il saurait.

I don't know when

Mais…quand en aurait-elle le courage...?

Tu es fort en thème

Toujours à lui répéter qu'elle ne devait pas mourir, que des gens pleureraient et seraient tristes si elle disparaissait…
Mais qui exactement??
Sa mère n'était plus depuis bien longtemps, et…elle ne l'avait pas vraiment convaincue qu'elle pouvait avoir la moindre importance…

Elle avait appris seule à se débrouiller. A accepter ce qu'elle était, à contrôler ce feu qui naissait entre ses mains.
Pourquoi n'avait-elle pas eu droit à un temple au calme reposant, à une communauté de prêtresses prêtes à l'écouter, à la consoler elle aussi?

Math-elem
Mais en math-sup tu deviens blême

Elle ne lui avait jamais demandé, parce qu'il n'aurait pas su répondre.

Sans doute aurait-il rougit jusqu'aux oreilles, en bafouillant quelque chose comme "Je suis vraiment désolé Karen-san…"

Elle se leva, prit sa tasse, et alla se resservir du thé.
Quand elle revint dans le salon, elle n'était plus seule: un homme était assis dans le fauteuil, son ours sur les genoux.
Elle ne fut pas réellement surprise: la fenêtre était restée ouverte, pour lui, et elle s'attendait à le voir arriver d'un moment à l'autre…
Elle offrit un sourire de bienvenue au nouveau venu et retourna s'asseoir dans le canapé sans dire un mot.

Il souriait lui aussi…un peu comme cet autre l'aurait fait.

"- Vous n'êtes pas surprise de me voir?" demanda-t-il d'une voix douce, presque apaisante.
"- Je devrais?
"- Et bien…

Ce fut lui qui fut surpris.
Il était entré chez elle sans y être invité, s'était installé dans ce fauteuil avec l'ours sur ses genoux et pourtant…elle n'en était pas offusquée le moins du monde.

Elle sembla lire ses pensées sur son visage.

"- A part lui, vous êtes sans doute le seul qui sache percer les gens à jour…du thé?

Dans amour toujours
C'est le pour

Après qu'elle lui eu apporté sa tasse ainsi qu'une nouvelle fournée de petits gâteaux, ils restèrent ainsi, face à face, silencieux un moment.

"- Rien de ce que je dirais ne pourra vous faire changer n'est-ce pas?" finit-il par conclure.
"- Qu'entendez-vous par là?
"- Que les sentiments que vous lui portez sont plus purs que le plus pur des diamants…je me trompe?

Elle resta silencieuse un moment, l'observant toujours aussi calmement, comme s'il était un ami de longue date qu'elle aurait invité à prendre le thé un après-midi d'automne.

"- Je l'ignore…je pense plutôt que tout ceci est…déplacé. Il est marié vous savez.

Ce fut à son tour de sourire.

Ou le contre on récolte ce que l'on sème

"- Certainement. Mais vous n'êtes pas non plus sans savoir que si vous ne lui témoignez rien de plus que de l'amitié…
"- ….je n'aurai rien de plus que la sienne en échange. C'est exact.

Tu m'dévisages

"- Vous êtes vraiment étonnante, Karen-san…
"- Vous trouvez?
"- Je ne connais pas beaucoup de jeunes femmes qui se refusent à séduire l'homme qu'elles aiment, même marié…et encore moins qui offrent le thé à leur pire ennemi…
"- Et si je ne vous considérais pas comme tel?

Une fois de plus, il fut surpris.
Cette femme était vraiment particulière.
N'importe quel autre, sachant qui il était, aurait tenté de l'abattre.
Elle semblait l'attendre et lui avait offert le thé.
Il voulait la troubler, la pousser à commettre une erreur, mais elle semblait déjà savoir ce qu'il voulait lui dire.

Tu m'envisages

Il décida de changer de sujet, au moins pour le moment.

"- Vous aviez des pensées bien sombres à l'instant…
"- Vous trouvez?
"- Et bien vous ne sembliez pas avoir une très haute opinion de vous-même…
"- Que penseriez-vous d'une femme qui exerce mon métier?

Il saisit sa la tasse qui lui était destinée et sirota son thé, sans méfiance aucune.
Il réfléchit un moment, tout en buvant le breuvage légèrement amer.

"- Délicieux", conclut-il en reposant sa tasse à moitié vide sur le plateau. "Je peux déjà vous dire avec certitude que peu de gens prépare un thé aussi bon que le vôtre…"

Et il lui sourit une fois de plus comme l'aurait fait…

"- Vous n'avez pas besoin d'agir ainsi vous savez. Les masques sont rarement utiles ici…
"- Vraiment?
"- Vraiment."

Et elle lui sourit à son tour.

Comme une fille que je ne suis pas

Ils restèrent ainsi à siroter du thé et grignoter des gâteaux, sans rien dire un moment.

"- Vous ne m'avez toujours pas répondu…
"- Et bien…Il est vrai qu'une femme exerçant un métier comme le vôtre est rarement vu d'un très bon œil…mais je suis plus que bien placé pour savoir qu'il ne faut jamais se fier aux apparences. Vous valez bien plus que tous ceux qui vous regarde de haut…

Elle se mit à rire.

"- Vous trouvez??

Il la fixa pendant d'interminables secondes, même si elle ne semblait pas spécialement s'en offusquer.
Il la déshabillait pour ainsi dire du regard mais…sa façon à lui de le faire n'avait rien de vulgaire ou de…déplacé?

"- Oui, je trouve. Vous assumez ce que vous êtes. Bien plus que n'importe quelle mère de famille respectable, qui trompe son honorable mari dès que celui-ci a le dos tourné. Vous savez vous mettre en valeur. Bien plus que toutes ces femmes qui se maquillent à outrance et sont d'une vulgarité presque inhumaine. Vous n'êtes vraiment pas comme les autres, Karen-san…

Tu m'exiles

De tout ce qu'il aurait pu lui dire, c'était bien la dernière chose à quoi elle s'attendait.
Si elle n'avait pas su…certaines choses, elle aurait pu prendre cela pour une déclaration en bonne et due forme…à quelques détails près.

Mais elle se remit vite de sa surprise.

"- Vous ne devriez pas mentir ainsi, ça ne se fait pas, surtout quand le mensonge est à ce point transparent vous savez…

Il lui sourit une fois encore.
Mais cette fois, son sourire n'avait plus rien d'amical: n'importe quelle autre femme aurait fondue devant autant de charme, même chez un si jeune homme.

"- Je ne dis que la vérité Karen-san, vous devriez le savoir à présent…

Elle rougit bel et bien cette fois.
Elle se sentait un peu ridicule d'agir ainsi, elle qui était parvenu à détourner les avances de grands politiciens avec un grand sourire, et un simple non.

Si fragile

Il la fixait toujours, ce petit sourire au coin des lèvres.
Sous ce regard perçant, elle se sentait comme une lycéenne à son premier rendez-vous.

"- Vous aurais-je choquée, Karen-san?
"- Du…du tout" finit-elle par articuler. "Juste un peu surprise: je ne suis pas habituée à recevoir ce genre de compliments, voilà tout…
"- Hmmmm…

Il détourna la tête et regarda par la fenêtre.

"- C'est bien dommage…c'est pourtant tellement vrai…

Mille et une nuits m'éloignent de toi

Sans ce regard qui semblait percer les tréfonds de son âme, Karen se sentit soulagée.

"- Vous ne devriez pas dire de telles choses. Certaines femmes de votre entourage risqueraient d'être jalouses…je ne tiens pas à avoir des ennuis vous savez…
"- Et des hommes dans le vôtre pourraient m'en vouloir de vous flatter ainsi…
"- Ce n'était donc que de beaux mensonges alors?
"- Pas le moins du monde…" Il se retourna à nouveau vers elle "Juste de simples compliments."

Elle lui sourit et reprit sa tasse.
Ils sirotèrent à nouveau leur thé sans échanger un mot.
Comme s'ils retrouvaient leurs statuts d'ennemi mortels en étant silencieux.
Comme si les paroles les rapprochaient trop dangereusement l'un de l'autre.

Dans le mot je t'aime
Tandem
Autant d'M

Elle fut la première à finalement briser le silence.

"- N'êtes vous jamais triste, d'être seul ainsi?
"- Seul? Peut-être…et vous?
"- Et bien…je ne le suis pas vraiment…après tout, il me rend visite, n'est ce pas? Mais vous…
"- Il faut bien souvent consentir à quelques sacrifices pour servir une grande cause…

Son regard était devenu froid comme la glace et tranchant comme l'acier.
Il avait si radicalement changé en l'espace d'une seconde que Karen eut l'impression de se trouver face à une toute autre personne…

Ce regard si gai quelques secondes auparavant, était à présent dénué de tout sentiment.
Simplement la volonté d'atteindre le but fixé, et rien d'autre.
Quel que soit le prix à payer pour y arriver, ces yeux-là semblaient dire qu'ils étaient prêts à le payer, et même cent fois ci nécessaire, simplement pour y parvenir…

Parfois ça brille comme un diadème

Il la laissa réfléchir quelques minutes, puis repris finalement la parole.

"- Vous l'ignoriez, Karen-san?

Elle le fixa durement à son tour.
Bien sûr, son regard n'aurait jamais sur lui le même effet que le sien sur elle...

"- Je ne pensais pas que vous appliqueriez ce précepte à la lettre…Vous êtes libre de décider, tout comme lui, ce qu'il adviendra de tout un chacun. J'aurais pensé que…
"- Et bien vous pensiez mal semble-t-il…

Et à nouveau ce sourire tendre et bienveillant…
Elle se serait presque crue en face de Seiichiro...
Seiichiro…que pouvait-il bien faire en ce moment…jouer avec sa fille? Embrasser sa femme peut-être…

Toujours le même thème

"- Nous en voici revenu à la raison de ma visite, Karen-san…

Sa voix l'avait sortie de sa rêverie.
Elle lui sourit une fois de plus.

"- Il semblerait oui…

Ils avaient depuis longtemps fini leur thé, ainsi que les gâteaux préférés de Karen.
L'après-midi se terminait doucement, le soleil se couchant à l'horizon.
Pendant tout ce temps, il n'était pas vraiment parvenu à ce qu'il voulait.
Puisqu'il ne parviendrait pas à être ce qu'il convenait d'être en la présence de cette femme autrement qu'en le lui proposant alors soit…

Tandem
C'est idem

Il se leva, déposa doucement l'ours dans le fauteuil, et s'approcha d'elle.
Il la regarda un instant.
Il lui sourit, et caressa délicatement sa joue.
Prenant appui sur le bras du canapé, il se pencha légèrement vers elle…

"- Je pourrais être lui si vous le vouliez…" lui murmura-t-il.

Elle lui rendit son sourire.

Bientôt le crash

"- Sans doute...mais vous ne seriez jamais qu'une illusion..." murmura-t-elle à son tour.
"- Ne serait-ce pas mieux que de ne rien avoir?
"- Peut-être…mais à quoi bon ces quelques instants de plaisir, alors que vous souffririez encore d'avantage que moi…
"- Souffrir d'avantage que vous?" lui demanda-t-il, curieux.
"- Souffrir d'avantage que moi de ne pas être avec celui que vous désirez…" lui murmura-t-elle en réponse.

Il se redressa et laissa échapper un petit rire sans joie.

I don't know when

Il la regarda à nouveau.

"- Vous êtes vraiment singulière, Karen-san…

Et sans attendre sa réponse, il se dirigea vers la fenêtre, et repartit comme il était venu, en s'envolant et sautant de toit en toit.
Elle le suivit du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse à l'horizon.

"- Singulière? Pas autant que vous, Fuuma-san…


~ Fin ~


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