Il a le regard vide.
Il fixe l'horizon, pourtant il ne le voit pas
.Jamais
.
Un sourire
une mèche de cheveux échappée d'un
catogan
Son chemin le guide plus que lui ne choisit sa route, mais tant pis
Un léger sourire aux lèvres, toujours quand il est à
la barre du Pearl, il va où le portent les vents
Parfois, il sort de sa transe, et jette un il à son compas,
pour bonne mesure
son compas qui n'indique pas, et n'indiquera jamais
le nord
juste la liberté
Et pourtant, il est toujours sur la bonne route.
Pour Tortuga cette fois.
Il met de la magie, mine
de rien, dans tout ce qu'il fait
Ici, il est chez lui.
Ce port empli de débauche, puant la luxure, exhibant ses vices
aux yeux de tous à la lumière de la lune, dès la
nuit tombée
Sa maison. Son refuge plus exactement.
Sa maison c'est le Pearl, rien d'autre. Et pourtant
Un sourire encore
Et ce regard
.
Tout le monde ne lui veut pas que du bien
.
"- Alors Sparrow, on a toujours sa barque, ou on s'l'est encore
fait' piquer??
Un marin à moitié saoul, croulant sous deux traînées,
dans un coin de la taverne.
"- C'est "Capitaine" Sparrow
et pour le reste
On
me l'a enlevée une fois. C'était la première et
la dernière. En tous cas
" il jeta un rapide coup d'il
à l'épave imbibée de rhum "Si je dois craindre
quelque chose, ça viendra pas de toi
"
Bien sûr, l'interpellé était tout prêt à
se battre. Il avait viré sans ménagement les deux occupantes
de ses genoux et tenait presque debout sans l'aide de sa chaise!!!
Mais le capitaine était déjà sorti, sourire aux
lèvres, comme toujours
Il a le sourire facile, même
pour les imbéciles
A quoi bon se battre contre un imbécile incapable de tenir debout??
Et puis
se débarrasser d'un illustre inconnu ne rapporterait
rien, à part trois pièces et beaucoup d'ennuis
Déambuler dans les rues de Tortuga n'est pas chose facile: entre
les ivrognes, les catins, les assassins et autres coupe-bourses, mieux
vaut ne pas s'attarder.
Ni les demoiselles de petite vertu ni même le rhum frelaté
ne lui faisait envie ce soir
Il retourna vers le port, prêt à plonger à nouveau
dans ses songes, mais non sans avoir aperçu la silhouette au
coin de la rue qu'il venait juste de dépasser.
Ainsi donc, on s'intéressait à lui?...
Et on le forçait à rester sur terre
soit
Mine rien, il continua sa route, semblant s'en remettre à la
chance pour trouver son chemin. Le jeu l'amusa, dura un temps, un quart
d'heure, une heure peut être, puis il se lassa. Il était
grand temps de regagner sa cabine maintenant.
Il s'amuse bien, il n'tombe
jamais dans les pièges
Ce ne fut que lorsqu'il se retrouva nez à nez avec la porte
de la plus grande maison close de l'endroit que le voleur sut qu'on
l'avait berné.
Pourtant ce type au foulard rouge n'avait pas l'air très malin
Mais après tout
.
Le pickpocket leva les yeux sur la plus grande bâtisse de Tortuga
sa
pêche avait été plutôt bonne ce soir
et
puisqu'il était là
Il poussa la porte et acheta plusieurs jetons à la tenancière
Il s'laisse pas étourdir
par les néons des manèges
Jack, lui, n'y faisait plus attention
Plus depuis qu'il avait récupéré le Pearl
"Son"
Pearl
Les chandelles de ces chambres et de ces couloirs, tapissés de
voilages et de satins
Ces peaux trop blanches, trop douces
Ces parfums trop fleuris, trop sucrés
parce qu'on leur offre
le parfum des butins, aux traînées de Tortuga
Et ces regards trop lointains, trop vides, dénués de passion
Ses yeux couleur d'ambre, pareil à des joyaux
Et cette flamme
qui semblait ne jamais vouloir les quitter
le même regard
que son père
Les feux des tavernes, synonymes de ripaille et de rhum, de rhum surtout,
ne l'appelaient plus non plus
Leurs voix sourdes et entêtantes
n'avaient plus d'effet sur lui
Plus depuis qu'il était seul à arpenter ces rues, alors
que son équipage s'enivrait et dépensait sa part de butin.
C'était toujours sa maison ici, mais sans plus vraiment être
chez lui
Il vit sa vie sans s'occuper
des grimaces
A ses yeux, rien ne valait une nuit sur un bateau
L'aube à peine levée, l'équipage au complet était
déjà prêt à repartir.
Le plein de provisions, de poudre, de boulets, d'eau potable, et de
rhum bien sûr, avait été fait la veille.
Maintenant, après une nuit entière de détente,
tout le monde était prêt pour affronter à nouveau
le large, ses bons, comme ses mauvais cotés
Que font autour de lui les
poissons dans la nasse
Mais quel "mauvais coté" pourrait mettre fin à
leur voyage??
Le Dauntless, et même L'Interceptor (maintenant coulé corps
et biens) n'avaient pu tenir la route face à sa perle alors qui
le pourrait à présent?
Personne et certainement pas la marine anglaise
Pauvre Norringthon
la chance de sa vie de lui mettre la main dessus
et il l'avait laissée filer!!
Les rumeurs disaient bien qu'on les poursuivait, mais à quoi
bon?? Même par vents contraires, le Pearl était et resterait
le navire le plus rapide des Caraïbes.
Il caressa la barre, comme il l'aurait fait du corps d'une maîtresse
Son physique élancé, puissant sans doute, mais pas trop
musculeux, pas comme ceux de certains marins
Il sourit ce léger sourire, si habituel à présent.
Non, rien ne pouvait plus se mettre en travers de sa route, plus rien
entre lui et tous les trésors du monde
Ou du moins tout l'or, les bijoux et autres pierreries qu'il trouverait,
à défaut d'autre chose
Il est libre Max ! Il est
libre Max !
Il ferma les yeux un instant et savoura le vent caressant son visage,
un peu comme il venait de caresser le cur de sa perle, alors que
le navire quittait la baie
Il sentit M. Gibbs commencer s'agiter à quelques pas de lui.
Il rouvrit les yeux, simplement pour le rassurer
Et sans plus attendre, il retomba en transe, son regard fixé
sur l'horizon, mais sans le voir pour autant
Y'en a même qui disent
qu'ils l'ont vu voler
Dix jours de mer déjà. Il lui semblait qu'ils étaient
partis la veille pourtant...
Et depuis qu'il avait quitté Port Royal la dernière fois,
combien de temps s'était écoulé au juste?
Mieux valait sans doute ne pas le savoir. Et puis ce n'est pas comme
si quelqu'un l'attendait là-bas, ou où que ce fut d'ailleurs
"- VOILE A BABORD!!!
Le cri tombant de la vigie le fit revenir de ses songes.
Il ne posa pas la question. Il savait que la réponse viendrait
d'elle-même.
Et en effet, elle ne se fit pas attendre.
"- NAVIRE MARCHAND!!!....LIGNE DE FLOTAISON BASSE!!!" ajouta
le guetteur peu après.
Annamaria se tourna vers son capitaine, un sourire rayonnant éclairant
son visage.
"- Capitaine??
Il réfléchit une minute.
"- HISSEZ LES COULEURS ET PAREZ À VIRER!!!
En quelques secondes, tout l'équipage s'activait et suivait
les directives livrées par leur capitaine, M.Gibbs, ou même
Annamaria, chaque membre impatient d'entendre "le" cri qui
rimait avec richesses, butin, et rhum le soir venu, pour fêter
la victoire.
Il travaille un p'tit peu
quand son corps est d'accord
Cette fois encore, tout se déroula au mieux, du point de vue
des pirates du moins
Face au Pearl et chargé comme il l'était, leur adversaire
n'avait eu strictement aucune chance.
Butin conséquent, peu de blessés et aucun gravement
Décidément une très bonne pioche.
Le capitaine du Pearl arborait une mine des plus satisfaite. Son navire
n'avait subit aucun dommage (leur cible n'étant armée
que de quelques canons) et ils avaient dans les cales largement de quoi
couvrir leurs prochains frais.
Trois autres cibles comme celle-ci avec un aussi bon déroulement
et ils auraient facilement de quoi rester à Tortuga un mois,
peut être même plus, à mener la grande vie
Et qui sait?? Peut-être retournerait-il voir Scarlett ou encore
Giselle
ou peut être pas
Mais inutile de penser à la besogne à venir: ils avaient
bien travaillé aujourd'hui, c'était le principal.
Pour lui faut pas s'en faire,
il sait doser son effort
La fête battit son plein jusqu'au lever du jour.
Le capitaine se devait bien évidemment d'y assister, mais dès
qu'il avait pu, il s'était retiré dans le calme relatif
de sa cabine et s'était étendu sur son lit, fixant son
plafond, plongé dans ses songes. Finalement, alors que Morphée
venait le bercer, c'est des bras d'un autre dont il rêvait, comme
toutes les nuits
Il aimait bien ce rêve là.
Celui où il pouvait offrir des ailes à son Pearl et partir,
voler au loin, et attaquer ses cibles sans même être aperçu
Il se voyait plus riche que n'importe quel homme, plus puissant grâce
à toutes ces richesses, et plus riche encore grâce à
son pouvoir
Mais malgré toute cette grandeur, tout cet or, coulant à
flots, lui restait un trésor inaccessible, que même son
précieux navire ne pourrait lui apporter
Il se réveilla le premier, comme souvent.
Il releva Mr Gibbs, qui partit se coucher sans la moindre protestation.
Toujours son léger sourire effleurant ses lèvres, il prit
la barre
et fixa sans l'horizon, sans jamais le voir
Dans l'panier de crabes,
il n'joue pas les homards
Plus tard dans l'après-midi, son second vint le trouver, toujours
à la barre.
"- Capitaine?? Capitaine??
Un coup d'il dans sa direction lui indiqua qu'il l'écoutait.
"- Capitaine je
je
"- Ca ira M. Gibbs. Et puis vous n'alliez quand même pas
passer la journée à la barre après y avoir passé
la nuit!!
Et aussitôt son regard se reporta sur l'horizon et M. Gibbs comprit
que son capitaine était ailleurs à nouveau.
Personne ne comprenait à bord.
Même si sa façon de s'orienter était étrange,
sa façon de commander l'était encore plus: il vivait avec
son équipage.
Il buvait avec eux après une victoire, il mettait la main à
la pâte quand il le fallait, pendant les tempêtes, il prenait
la barre tous les jours toute la journée ou presque. Parfois
même, il dînait avec eux.
Et pourtant, personne, absolument personne à bord n'aurait osé
lui manquer de respect.
Aucun autre capitaine ne faisait de même. Aucun autre n'aurait
pu non plus.
A la connaissance de M. Gibbs, et il en avait croisé des navires,
leur capitaine était le seul à agir de la sorte avec son
équipage.
Il était venu pour s'excuser d'avoir pratiquement mis la barre
dans les mains de son capitaine le matin même.
Mais comme il s'y attendait, il ne lui en tenait pas rigueur. Ca lui
était même indifférent visiblement.
Le second du Black Pearl regarda son capitaine encore un instant, avachi
sur sa barre, les yeux dans la vague, secoua doucement la tête
et repartit aider l'équipage.
Il n'cherche pas à
tout prix à faire des bulles dans la mare
Ils continuèrent ainsi leur périple au grès des
vents, et de l'humeur du seul maître à bord.
Plusieurs bateaux croisèrent leur route: certains ne devaient
jamais regagner le port, d'autre si, mais leurs cales vides
Vite, trop vite peut être, ils étaient de retour à
Tortuga.
Riches d'or et de quelques breloques finement négociées
pour rapporter un peu plus, l'équipage était plus que
décidé à profiter de ces quelques jours de repos.
Personne ne savait quand ils reprendraient la mer au juste, alors aucun
ne voulait laisser filer cet instant de détente.
Tout le monde descendit immédiatement au port, sauf lui.
Fiers de leur succès, certains marins, comme Gibbs, devenaient
le centre d'attention dans les tavernes où ils comptaient avec
force gestes et détails sanglants les derniers assauts, la dernière
victoire triomphante
Mais c'était le conteur le plus attendu qui manquait à
l'appel
Il est libre Max ! Il est
libre Max !
Etendu sur son lit, les yeux clos, son foulard rouge et son précieux
chapeau posés sur la table, l'amant du Black Pearl se laissait
bercer par les vagues de la baie.
Il entendait les bruits de la ville, quelque part derrière lui.
Tortuga.
Si toutes les villes étaient comme celle-ci, aucun homme se sentirait
seul!!!
Il sourit à l'ironie de ses propres paroles: il y était
à Tortuga et pourtant
Même à l'abri au cur de sa perle noire, il se sentait
si seul tout à coup
plus seul que pendant ces dix années
passées loin d'elle
Y'en a même qui disent
qu'ils l'ont vu voler
Il se leva finalement, Morphée ne semblant pas décidé
à venir lui tenir compagnie ce soir.
Il remit son sacro-saint foulard rouge, s'empara de son non moins sacré
couvre-chef et mit pied à terre.
Il alla au port, arpenta les rues, regardant chaque maison, chaque coin
de ruelle comme la première fois qu'il était passé
ici, bien des années auparavant
comme un jeune homme innocent
sortant tout juste de son port bien propre et venant ici pour la toute
première fois
Il savait bien que tourner en rond comme il le faisait là n'était
pas prudent ici: il finirait par se faire remarquer par
.et bien
voilà, il suffisait juste de parler du loup.
Une silhouette le suivait maintenant. Et visiblement, c'était
un débutant
le même que la dernière fois, commettant
les mêmes erreurs, les mêmes impairs
Peut être qu'il faudrait qu'il s'entraîne trois heures par
jour lui aussi
pensa-t-il, amusé.
Il accéléra le pas sans crier gare, et fendit la foule,
prenant garde tout de même à ne pas trop distancer son
voleur.
Il tourna brusquement dans une ruelle plus sombre encore que les autres,
fit quelques pas, et s'appuya dos au mur, sourire aux lèvres,
attendant patiemment que l'on vienne le "détrousser"
Il r'garde autour de lui
avec les yeux de l'amour
L'apprenti pickpocket suivait sa proie: il l'avait raté la dernière
fois mais ce soir, c'était la bonne!!! La bourse de ce touriste
était gravée à son nom il en était certain!!!
Il le fila un long moment (une technique parfaite selon lui, puisqu'elle
avait toujours marchée à la perfection jusque là)
jusqu'au moment où son coffre à pattes décida d'accélérer
le pas.
Il le suivit comme il put et eut tout juste le temps de voir un bout
de foulard rouge disparaître dans une rue.
Il le tenait cette fois!! Il avait dû avoir une envie pressante
et avait cherché un endroit où se soulager
et lui
allait lui faire regretter de l'avoir berné la fois précédente!!!
Avant qu't'aies rien pu dire,
il t'aime déjà au départ
Il déboucha dans la ruelle pour trouver
du vent.
Il fouilla les ombres du regard, laissant ses yeux s'habituer à
l'obscurité quand
"- Alors comme ça, on détrousse les promeneurs?
Le jeune voleur se retint de pousser un hurlement.
Il se retourna et se retrouva nez à nez avec le porteur de son
butin.
Sans dire un mot il sortit un couteau de sa manche et se jeta sur l'homme
au petit sourire arrogant en face de lui
.pour embrasser presque
aussitôt le mur juste derrière à pleine dents.
Il tenta de se redresser, mais trébucha, sonné, et dut
prendre appui sur le mur pour se maintenir en position verticale.
Il leva des yeux brillants de rage sur son ancienne future victime.
"- Qui
qui êtes vous???
Le maître du Pearl le regarda un moment, toujours son sourire
amusé pendu à ses lèvres.
Il trouva sa bourse, en sortit trois shillings, et les lança
au jeune homme.
"- Pour ta peine
Et sans un mot de plus, il replongea dans la foule
Il n'fait pas de bruit, il
n'joue pas du tambour
"- J'ignorais que notre capitaine avait un cur tendre
Il s'arrêta.
Il n'avait fait que quelques pas depuis cette ruelle
et il avait
eu l'audace de se croire seul là-bas
"- Vous me suivez maintenant M. Gibbs?
"- Je passais simplement par là
" répondit
son second avec un petit sourire entendu.
Il leva les yeux au ciel et soupira.
"- Il fallait bien faire quelque chose et puis
j'allais pas
lui régler son compte, c'était qu'un gosse il devait pas
être plus âgé que
.
"- Non
en effet
.
M. Gibbs fit mine de repartir mais se ravisa au dernier moment.
"- Vous devriez
tu devrais te détendre Jack
essayer
en tous cas
Et cette fois, il tourna les talons.
Le maître du Pearl resta ainsi au milieu de la rue.
En effet, le garçon devait à peine avoir l'âge d'un
jeune forgeron qu'il avait laissé derrière lui
c'était
sans doute la seule et unique raison pour laquelle il s'était
donné la peine de monter cette petite "embuscade",
au lieu de simplement lui trancher la gorge dans un coin sombre et ensuite
poser des questions.
Il sourit, un vrai sourire pour une fois.
Non, il n'avait pas le cur tendre. Mais il suivit quand même
le conseil de Gibbs: un peu de détente ne pourrait pas lui faire
de mal de toute façon
.
Mais la statue de marbre
lui sourit dans la cour
Il décida de reprendre ses vielles habitudes, au moins pour
un soir.
Il commença par trouver une taverne avec une table encore libre,
entreprise plutôt délicate à cette heure avancée
de la nuit.
Il s'imbiba de rhum aussi consciencieusement qu'il put.
Dans le coin sombre du bouge, personne ne prêtait attention à
lui, pas même les quelques demoiselles présentes
Jusqu'au moment ou un vieillard édenté à moitié
éclopé le héla, depuis sa table.
"- JACK!!! Jack Sparrow!! C'est bien toi!!!
Dans un état de sobriété remarquable vu l'horaire,
le vieil homme se leva sans trop de difficulté et alla rejoindre
sa vieille connaissance, suivi de plusieurs des filles publiques, dont
certaines, attirées par la "légende", avaient
lâchement abandonné leur précédent client.
L'interpellé lâcha un petit rire sans joie. Sa belle excuse
pour rentrer au bercail venait juste de tomber à l'eau
plutôt
ironique pour un pirate
Bientôt, son genou gauche fut encombré d'une brune, et
son genou droit d'une rouquine, alors que quelque part derrière
lui un autre brune (ou une blonde peut être) essayait tant bien
que mal d'attirer son attention
Il avait dû la foudroyer du regard pour qu'elle enlève
finalement les mains de son précieux couvre chef
Il est libre Max ! Il est
libre Max !
Allant à l'encontre de sa bonne résolution, de sa pitoyable
excuse diraient d'autres, il se trouva vite au centre d'un cercle de
curieux.
Tel un conteur de métier l'aurait fait, il captivait son audience,
modulant sa voix, les maintenant dans un suspens insoutenable avant
de les faire sursauter pour mieux les reprendre ensuite aux toiles de
ses histoires
.
Toutes n'étaient que contes et enjolivures, mais que lui importait??
Sa plus belle histoire, il la gardait pour lui, au fond de son âme.
Cette histoire là, il ne la conterait jamais qu'au Pearl pendant
leurs nuits en tête à tête, et celle-ci n'était
vraiment qu'une histoire: pas de vérités détournées,
embellies.
Juste un rêve de solitaire
Y'en a même qui disent
qu'ils l'ont vu voler
La nuit avança, ignorée de tous.
Il se décida enfin à quitter la cuve à rhum, son
auditoire maintenant réduit aux quelques ivrognes assez habitués
à la mixture locale pour ne plus y succomber avant les trois
premières bouteilles.
Il se leva, jeta deux pièces sur le bar, près du patron
à moitié assoupi, et quitta définitivement l'endroit.
Qu'avait dit Gibbs?? Ah oui
"se détendre"
Le rhum était un bon début. Mais il lui restait encore
une chose à faire
Longeant la rue principale, tournant dans une ruelle puis une autre,
il finit par atteindre son but.
Il n'avait pas de jeton et sans doute pas assez en poche pour s'en offrir
un, mais il poussa la porte quand même: il avait passé
assez d'heures ici, et Sally, la tenancière, lui devait bien
un petit geste commercial depuis le temps
.
A peine le bout de son chapeau avait-il dépassé le pas
qu'un comité d'accueil était là, rien que pour
lui
.
Sally en tête, un grand sourire sur les lèvres, elle le
guida jusqu'au grand salon de la maison close. Il prit place dans un
grand canapé, d'où l'une des filles venait de déloger
un client proche du coma éthylique manu militari, et aussitôt,
six ou sept filles se pressaient autour de lui.
"- Un verre?" lui proposa la maîtresse des lieux.
Il déclina l'offre d'un simple hochement de tête.
Surprise, la patronne l'interrogea du regard.
"- Je n'ai pas de quoi me l'offrir.
Sally resta interdite un moment, puis éclata d'un rire aigu.
"- Allons bon!!! Si toi tu es fauché, c'est que Tortuga
tombe en ruine!!!! Mais puisque c'est toi
je veux bien faire crédit
pour
une fois
." Ajouta-t-elle avec un clin d'il avant de
tourner les talons.
Et bien sûr toutes
les filles lui font leurs yeux de velours
Les questions fusaient de toutes part, mais pas autant que les mains
qui se baladaient sur lui.
Toutes voulaient sans doute passer la nuit avec lui, et qui sait, peut
être pourraient-elles s'en servir pour décourager les clients
à la main lourde, menaçant de venir le trouver à
sa prochaine visite
Il aurait dû être grisé par ces corps chauds pressés
contre lui, ses mains douces, passant sous sa chemise, effleurant sa
peau, avide de plaire, de l'attirer, en suggérant plus qu'en
ne donnant réellement du plaisir
Oui, il aurait dû.
Mais il n'était pas.
Alors une fois de plus, il choisit de s'échapper par la porte
qu'il connaissait le mieux: égrainer les heures en racontant
des histoires
Lui, pour leur faire plaisir,
il leur raconte des histoires
Mais il ne s'agissait pas d'ivrognes ici.
A elles, on leur en racontait à longueur de temps des histoires,
et il fallait plus que quelques passe d'armes ou quelques batailles
rangées pour les captiver.
Il enjoliva ses aventures, ses contes, de trésors cachés,
de quelques malédictions aussi, et même d'une jeune fille
de bonne famille devenue pirate, pour quelques temps, pour sauver celui
qu'elle aimait
"- Tu te moques de nous, hein Jack??
"- Cette fille elle existe pas!!
"- Mais si qu'elle existe, n'est-ce pas Jack??
Tient
Sally avait donc une nouvelle fille
"- Bien entendu qu'Elizabeth existe
"- Bien sûr, et tu vas aussi nous dire qu'elle est heureuse
avec son "bien-aimé" peut être??" railla
une autre septique.
Il réfléchit une minute, les yeux fixés sur la
nouvelle demoiselle ayant rejoint le lieu.
Il se leva finalement et lui tendit la main.
Elle le gratifia d'un sourire rayonnant, prit sa main et se leva de
sa place sur le sol. Alors qu'elle le guidait à sa chambre sous
les regards envieux et furibonds des autres, il trouva enfin ses mots.
Il stoppa un instant à la porte du grand salon. Il se retourna
et s'adressa simplement à celles qui voudraient bien l'écouter.
"- Je dirais simplement qu'elle a de la chance
Et il monta les escaliers menant aux chambres de l'étage.
Il les emmène par-delà
les labours
Il n'essaya même pas de faire un effort.
Se contentant de faire tomber les quelques bouts de tissus qui gardaient
encore le peu de pudeur qui restait à sa compagne pour la nuit,
il se laissa guider.
Avec la dextérité gagnée à force d'habitude
de sa partenaire, il ne lui fallu pas longtemps pour être lui-même
nu comme au jour de sa naissance, de douces lèvres contre les
siennes, une langue curieuse explorant et goûtant
Avant même que sa tête ne tombe sur l'oreiller, ses yeux
étaient clos et il était déjà loin dans
ses songes
Là, il était toujours lui, mais elle était un autre
Ses mains offraient le plaisir, sa bouche délivrait les soupirs
il
était celui qui donnait, enseignait, qui guidait
Et sa victime
soumise, mais jamais contrainte, une confiance sans
limite éclairant ses yeux d'ambre, simplement assombri par l'ombre
de l'hésitation, ou par un peu de timidité peut-être
mais
rien qu'une caresse ne puisse chasser
Et finalement un cri, mais pas de douleur, juste de pur plaisir
Il ne prit pas la peine de revenir dans la pièce.
Il sentit la jeune femme poser sa tête sur son épaule,
entendit sa respiration se calmer
Chevaucher des licornes à
la tombée du soir
La nuit régnait encore sur Tortuga quand il se réveilla:
il n'avait pas dû dormir plus de deux ou trois heures.
Aussi silencieux qu'une ombre, il se leva, récupéra ses
affaires et s'habilla en silence.
Il ne pouvait rester un instant de plus dans cet endroit imprégné
de tous ces parfums
de quelques souvenirs aussi.
Il ne pouvait rester ici et plonger dans son histoire: il se serait
presque senti coupable, comme un mari fautif
Il descendit les escaliers à pas de velours. Il alla à
la porte, tourna la clé dans la serrure et
"- Tu nous quitte déjà
?
Il n'eut pas besoin de se retourner pour savoir: Sally.
Mais il n'avait pas envie de traîner ici. Il ne prit pas la peine
de se retourner.
"- Je te paierai demain à la première heure.
"- Me payer pour quoi? Cette nuit c'est un cadeau de la maison
pas
comme si tu m'avais coûté cher aujourd'hui
tu es bien
certain que tu ne veux pas rester un peu?
Avant qu'il ai pu passer la porte, des mains sur ses épaules,
puis le long de ses bras, sur son torse, ses hanches et
"- Non.
Il repoussa gentiment les mains trop prévenantes, et fit un
pas de plus vers la sortie.
"- Elle doit être drôlement jolie
et drôlement
stupide pour ne pas faire attention à un type comme toi!!
"- Je dirais juste
qu'"elle"
a mieux à
faire
Et cette fois-ci, il sortit, pour de bon.
Il est libre Max ! Il est
libre Max !
Il ne lui fallut pas longtemps pour rejoindre son antre, au cur
de sa perle.
A peine était-il arrivé qu'il s'enroulait dans ses couvertures,
ses vêtements empestant la fumée et l'alcool abandonnés
par terre.
Au milieu de ses oreillers, bercé gentiment par les vagues, il
eut tôt fait de regagner ses songes.
Et cette fois, au cur du Black Pearl, le rêve n'était
plus mal placé, il ne trahissait plus personne, il n'abandonnait
plus rien
Il retrouva ces yeux d'ambre qui le suivaient partout à présent,
et ça pourtant depuis des années, toujours avec cette
flamme qui le consumait même depuis ses rêves
son histoire
Y'en a même qui disent
qu'ils l'ont vu voler
Depuis quand cette histoire était elle devenue si juste, si
précise??
Aucune de celles qu'il égrenait normalement ne l'était
comme celle-ci
Tous ses voyages, toutes ses aventures, grossies chaque fois qu'elles
étaient racontées par d'autres bouches que la sienne
C'est pour ça qu'il ne racontait plus rien: toujours il en revenait
à cette histoire là, et à ce rêve
Ses souvenirs le forçaient à revoir des visages, des yeux,
à entendre des mots, qu'ils auraient voulu oublier, effacer,
mais sans pour autant les perdre.
Encore un trésor ni d'or ni d'argent
un trésor maudit
Il aurait voulu pouvoir les rejoindre, mais malgré toute sa liberté,
malgré son compas, malgré le Pearl, jamais il ne pourrait
même simplement les effleurer à nouveau, comme il l'avait
fait une première fois
Seul son navire lui restait encore. Le reste il l'avait eu un temps,
l'avait admiré en se demandant s'il pouvait le prendre et finalement,
alors qu'il s'était décidé
Comme il n'a pas d'argent
pour faire le grand voyageur
Il se souvenait d'une légende
Elle l'avait toujours fasciné, quand il était enfant.
Un homme, juché dans barque, faisait passer les morts de l'autre
coté.
Il aurait tout donné et plus encore pour qu'elle soit vraie
.pour
faire le voyage
Mais comment payer?? Même s'il avait amassé suffisamment
de richesses pour vivre quinze vies, cela n'aurait pas suffit, et jamais
le batelier ne l'aurait laisser le ramener
Et pas plus qu'il n'aurait pu ramener un mort, jamais il ne pourrait
s'offrir le cur d'un être humain
Il va parler souvent aux
habitants de son cur
Un jeune homme au regard perçant, une flamme vibrant toujours
au fond de ses yeux d'ambre.
Intelligent, agile, mais trop impulsif
Un fils de pirate, et bon sang ne saurait mentir
Et son père.
Excellent second, meilleur que n'importe quel autre, et le meilleur
navigateur au monde.
Et déjà ses yeux, habités par cette flamme
Comme si chaque nouvel obstacle, chaque élément imprévu
n'était qu'un défi de plus à relever, comme si
le monde et le reste n'était que leur terrain de jeu
Qu'est-ce qu'ils s'racontent,
c'est ça qu'il faudrait savoir
Il resserra un peu plus ses couvertures autour de lui.
Il n'aimait pas l'envers du songe.
Il n'aimait pas quand les choses tournaient ainsi.
Il n'aimait pas replonger dans la dure réalité de Tortuga
Il voulait simplement ce rêve qu'il avait fait, une nuit, par
hasard, mais qui avait semblé si juste
si réel
Il voulait encore se revoir, hissé à bord du Pearl, mais
avec lui
Tout comme il s'était vu sauver son père des années
plus tôt, et reprendre avec lui ce qui lui était dû
des mains de Barbossa, cette fois, il voulait simplement rêver
qu'il avait Will avec lui
Il voulait baigner dans sa chaleur, se nourrir de sa présence
Il voulait ce songe où il lui suffisait d'un regard pour lui
dire, pour le convaincre, et où Will comprenaient, et le suivait,
comme ils s'étaient compris pour mettre hors course les gardes
au moment de son évasion
.
Il voulait juste ce songe où Will savait, acceptait et partageait
tout ce qu'il avait à lui offrir
Pour avoir comme lui autant
d'amour dans le regard
Mais Will est resté avec Elizabeth.
Will est sans doute marié maintenant. Il a peut être même
déjà eu un enfant
Et Will est heureux
.
Et lui?...
Il est libre Max ! Il est
libre Max !
Lui, il est avec le Pearl.
Il est uni avec sa perle noire depuis bien des années maintenant.
Peut-être même que son équipage, c'est un peu leurs
enfants
Et lui et bien
faute de mieux, il est libre
Y'en a même qui disent
qu'ils l'ont vu voler
~* Fin *~