Nuit au Chateau
Oneshot


Même la lune c'était retirée cette nuit-là…
Pour les laisser en paix?
D'un noir d'encre, la nuit enveloppait le château, comme pour le cacher, l'isoler du reste du monde. L'imposante bâtisse semblait se glisser dans les replis de l'obscurité, se fondre avec le parc et les arbres de la forêt alentours…

Aucune lumière, aucune lueur ne filtrait derrière les lourdes tentures et les voilages vaporeux du manoir: tout semblait mort.

Pourtant, deux vies se nouaient, quelque part…
Loin des regards furtifs des curieux, à l'abri des oreilles indiscrètes du domestique, loyal et fidèle malgré tout, deux nouveaux amants s'étreignaient derrière ces murs….

Peut être était-ce le whisky?
Peut être était-ce la solitude…
Ou peut être simplement une envie, un désir trop longtemps enfoui, et ravivé par les souvenirs qu'ils avaient évoqués ensembles…

Un soupir hanta le couloir.
Le plaisir s'offrait derrière la grande porte et les baldaquins….

Nul n'aurait su dire comment ils en étaient arrivés là…
Un moment, ils étaient tranquilles, lui dans son fauteuil, et lui sur le large rebord de la fenêtre, comme toujours, à contempler cette nuit sans lune et aux étoiles ternes et pâles, comme brouillées et à demi effacées…
L'instant d'après, ils étaient à l'étage, sur ce grand lit, à laisser parler ces désirs interdits et cette passion coupable…

Que se passerait-il demain?
Peu importait…Seul comptait l'instant présent…

Les mains marquées par le temps rencontrant la peau douce, imberbe, juvénile presque…
Les lèvres innocentes, hésitantes, mais à la fois viles et tentatrices par leur douceur et les baisers maladroits qu'elles délivrent…

Cette fois le soupir traversa le couloir et glissa jusqu'à l'escalier…

Si le valet les entendait?
Toutes pensées cohérentes furent bannies par une autre caresse: qu'il était bon de s'abandonner…

Peu à peu le jeune homme, si sûr de lui à l'accoutumée, laissait glisser le masque, laissait venir les doutes et la timidité…
Le rose colorant ses joues était la fierté de son partenaire: il avait finalement trouvé le défaut dans la cuirasse de perfection du jeune premier…

Prenant son temps, il laissa l'expérience seule le guider, chassant les souvenirs des "autres": aucun ne vaudrait jamais le trésor qui lui était donné. D'ailleurs, même le plus illustre de ses ancêtres n'aurait pu imaginer un tel présent…

Sans le savoir, il avait espéré, vécu pour cet instant depuis des années…depuis qu'il avait pour la première fois croisé ce regard franc et déterminé.

Il sourit.
Pour une fois l'alcool avait été son allié semblait-il.
Tout à la dégustation de son whisky d'après dîner, il avait une fois de plus laissé courir son regard sur le corps athlétique, apparemment sans défaut du jeune homme…
Et sans défauts il était, c'était à présent certain…

Il ignorait ce qui avait guidé ses pas.
Sa bonne étoile? Ou simplement une folie passagère…
Quoiqu'il en soit, cette force avait été sa bienfaitrice.
Comme séparé de son corps un instant, il s'était vu avancer vers le jeune homme, et le contempler un moment.
Ce dernier, conscient du regard posé sur lui, avait tourné la tête et l'avait fixé à son tour, le "qui y a-t-il" muet bien visible dans son attitude.

Il avait alors levé la main et caressé lentement, tendrement la joue du jeune homme, comme s'il avait peur de le briser….
La surprise s'était peinte sur ses traits. Sans pour autant s'en évader, il resta là, immobile, le fixa droit dans les yeux, sans comprendre.
Alors sa main s'était glissée derrière sa nuque, et tout naturellement, il l'avait attiré à lui comme il s'inclinait pour poser ses lèvres sur les siennes…
A cet instant, il avait regagné son corps, cessant de voir la scène comme un simple observateur. Mais malgré tout, il n'avait pu s'écarter, il n'avait pu rompre ce contact plus doux que du miel mais cent fois plus enivrant que n'importe quel breuvage…

Finalement, sa main était lentement retombée le long de son flanc, et lui…
Lui était resté là, planté comme un imbécile, à balbutier des excuses, ou du moins essayer, sans pouvoir fixer autre chose que le bout de ses chaussures.
Une main fine s'était glissée dans la sienne. S'arrachant à la contemplation de l'épais tapis, il avait levé les yeux sur un visage presque enfantin.
Celui qu'il pouvait à présent appeler son amant, les joues en feu, n'osait le regarder en face.

Délicieux.
C'était la première chose qui lui était alors venu à l'esprit. Que devait-il penser maintenant??
Il avait tout d'un trésor. Il l'avait toujours su, mais sans vraiment le savoir. Du moins jusqu'à ce soir…

Vulnérable, toujours assis sur le rebord de la fenêtre, mais ses jambes pendant le long du mur et non plus appuyées nonchalamment sur le rebord, il était en tous points adorable.
La pointe de timidité qu'il tentait de cacher, cette discrète rougeur sur ses joues, ce léger sourire….
D'un geste simple, il avait glissé son autre main sous son menton et l'avait délicatement forcé à lever la tête…
Il avait pris la permission de goûter encore…
Toujours comme s'il avait eu peur de l'effrayer, comme s'il approchait un animal blessé, il s'était lentement approché et avait posé ses lèvres sur les siennes à nouveau.

Cette fois-ci, son trésor n'était pas resté de marbre.
Il avait fermé les yeux, et c'était doucement laissé aller contre lui. La douce main avait quitté la sienne et s'était posée sur son torse, près de sa jumelle.
Lui-même avait laissé ses bras entourer la taille fine, et l'avait serré un peu plus contre lui.
La patience de l'expérience avait fait face à l'enthousiasme de l'innocence…

Ce second baiser fut plus long, plus passionné aussi, mais il leur fallu bientôt se séparer.
Toujours ce rouge, toujours ce sourire…
A nouveau poussé par cette force inconnue, il s'était écarté, et avait pris le garçon par la main.
Reculant doucement, il s'était éloigné, l'emmenant avec lui….
Il s'était aperçu qu'il avait cessé de respirer au moment où son trésor l'avait suivi, ses premiers pas hésitants. Alors seulement il s'était autorisé à respirer à nouveau….
Il avait pris la tête de leur duo sans se retourner, craignant de faire disparaître ce songe dans lequel il était plongé…
…Car s'en était un n'est-ce pas?? Jamais tout ceci ne pourrait réellement advenir…

Une fois encore étranger à tout ceci, il les avait guidés hors du salon, avait gravis une à une les marches de l'escalier, jusqu'à l'étage, et là, les avait mené dans la grande chambre…

Un nouveau soupir glissa cette fois jusqu'au hall d'entrée, accompagné par un gémissement.
Derrière eux se faufilait un cri étouffé.

Alanguis sous les couvertures, son jeune amant dans ses bras, il sourit.
Il se laissait lentement gagné par le sommeil quand un mouvement près de lui lui fit ouvrir les yeux.
Son nouveau trésor semblait miné par quelque chose…
Il ne dut pas attendre longtemps.
Le jeune homme leva sur lui des yeux d'enfant battu.

"- Que dirons nous à…à Nestor…et…et au professeur et…
"- Shhhh….
"- Mais capitaine ils…
"- Dormez Tintin: nous verrons tout cela plus tard…

Obéissant, le jeune homme ferma les yeux et se laissa emporter…

~* Fin *~



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