Miroir
Oneshot


Drizzt chevauchait sous un beau soleil de printemps. Près de lui, Régis somnolait légèrement sur son poney.
Le petit homme avait décidé de l'accompagner à Sylverymoon et de rendre avec lui visite à Dame Alustriel.
Leur voyage touchait à sa fin, ils apercevaient déjà un poste de garde.

Ils entrèrent en ville sans aucun problème: les gardes, même s'ils n'étaient pas prêts à l'inviter à leur table, le savaient inoffensif et le traitaient comme tel à présent.

Ils allèrent directement au palais de Dame Alustriel, et furent accueilli par un Fret toujours aussi impeccable et pourtant, le nain semblait quelque peu nerveux. Comme si une mauvaise nouvelle l'avait ébranlé.

"- Quelque chose ne va pas?" lui demanda poliment Drizzt.
"- Non non…c'est juste que…enfin vous verrez bien!! Venez, Ma Dame souhaite s'entretenir avec vous…" Et sans un mot de plus, le nain les conduisit aux appartements privés de la reine de Sylverymoon.

Surpris, Drizzt regarda Régis, aussi perplexe que lui. La seule manière d'en savoir plus était visiblement de suivre le nain.
Ils longèrent couloirs et corridors, passèrent plusieurs gardes qui leur jetèrent des regards furtifs et curieux, voire même hostiles pour certains.
Ils tentèrent à plusieurs reprises, mais sans grands résultats d'interroger leur guide, mais celui-ci resta plus muet qu'une tombe.
Enfin ils arrivèrent devant les portes de la reine.

"- Drizzt Do'Urden?? Je vous apprécie beaucoup, je connais votre valeur….mais si jamais Ma Dame devait avoir des ennuis par votre faute je…
"- Allons Fret", le coupa la Dame en question, "de toutes évidences il n'est au courrant de rien. Bienvenue Drizzt Do'Urden. Tu ne peux je crois imaginer à quelle point ta venue était attendue."

Elle resta sur le seuil un moment, son regard passant de Drizzt à Régis.
Devait-elle lui parler de la missive en présence de témoin?? Son "commanditaire" n'avait rien dit à ce sujet. Et aussi puissante soit-elle, Alustriel ne souhait pas le contrarier…
Drizzt sembla lire son dilemme dans son hésitation à les faire entrer.

"- Je n'ai rien à cacher à mes amis. Régis peut rester.

Elle réfléchit un instant de plus.

"- Soit. Dans ce cas, entrez je vous en prie." Elle s'effaça et les laissa entrer. "Fret? Veuille à ce que personne ne nous dérange. Absolument personne.
"- Bien Ma Dame.

Et il partit au petit trop donner des instructions précises, avant de retourner à ses paperasseries diverses et variées.

Alustriel les invita à prendre place dans de grands canapés moelleux.
Régis ne se fit pas prier, et s'installa confortablement: à la mine sérieuse et à ses traits tendus, la belle Dame de Sylverymoon était soucieuse, cela risquait de prendre un certain temps, et visiblement, ils étaient concernés; Drizzt l'était du moins.
D'un pas mesuré, elle alla vers une coiffeuse, ouvrit un tiroir et en sortit un simple morceau de parchemin.
Elle revint et s'assit en face d'eux, dans un grand fauteuil.

"- Ceci…m'a été remis il y a maintenant quatre jours. Je ne te cacherai pas que je suis soulagée que tu sois enfin là pour en prendre possession…

Elle lui tendit la lettre, et quand Drizzt la prit enfin, ce fut comme si un poids s'envolait des frêles épaules de la Dame.
Drizzt retourna plusieurs fois la lettre, l'observant sous toutes les coutures. Rien n'était inscrit dessus; aucun indice d'aucune sorte. L'elfe noir leva un regard interrogateur sur Alustriel. Qui pouvait bien lui avoir remis ce message?? Et qui d'assez puissant ou menaçant pour…
Il comprit soudain.

"- Entreri…" murmura-t-il, comme si parler plus haut risquait de faire apparaître l'assassin.

Alustriel confirma ses criantes d'un hochement de tête.

"- Il est entré ici comme si de rien n'était. Fret avait pourtant fait renforcer la garde autour du palais, et à l'intérieur également, mais ça l'a à peine retardé." Elle fit taire ses questions avant même qu'il ne les lui pose. "Il ne m'a pas blessée. Il est simplement entré ici, m'a remis cette lettre et est reparti. Ni plus ni moins Drizzt, je te l'assure. Et tu connais Fret: jamais il ne l'aurait laissé filer s'il m'avait fait le moindre mal…"

Drizzt fut forcé de sourire: même s'il avait dû le poursuivre des siècles durant, Fret n'aurait jamais laissé Entreri partir en ayant blessé sa Dame…
Mais que pouvait bien lui vouloir l'assassin? Après tout, leur route ne se croisait plus et cela lui convenait parfaitement alors pourquoi diable Entreri lui envoyait dit-il une lettre??

"- Ben alors?? Tu l'ouvres??

Régis était à présent penché sur l'enveloppe et l'envie de la chiper à l'elfe pour en connaître le contenu lui brûlait les doigts.
Drizzt secoua la tête: son ami ne changerait jamais. A croire que les aventures traversées ne lui avaient appris aucune leçon…
Les mains quelque peu tremblantes, il défit l'enveloppe et sortit la lettre.
Laconique à l'évidence.

"Drizzt Do'Urden,
Je t'attendrai dans 10 jours, au nord de Mithril hall, à une demie journée de marche, juste avant le coucher du soleil. Pour régler nos différents.
Si tu viens n'aies crainte: tu me trouveras facilement.

Artémis Entreri."

Drizzt la relut plusieurs fois. Finalement, il replia le parchemin et le rangea dans sa tunique.

- "Alors?" osa finalement chuchoter Alustriel.
- "Rien de grave. Ne vous en faites pas…
- "Bien. Cependant Drizzt, je…

Il se leva sans même la laisser terminer.

"- Je comprends, et même si vous nous aviez proposé de rester ici, j'aurai refuser: votre sécurité ne semble pas menacée, mais inutile de prendre des risques…
"- Je te remercie Drizzt. Je suis vraiment désolée mais je ne….
"- Je vous en prie. Nous allons vous laisser maintenant. Nous séjournerons en ville: je connais une bonne auberge non loin d'ici. Au revoir Alustriel. Et pardonnez moi…
"- Tu n'y es pour rien…

Il la salua et se retira, suivit de Régis.
Ils passèrent aux écuries prendre leurs montures, et repartirent au pas.
Une fois sorti de la cour du palais, le petit homme dut le céder à la curiosité…

"- Alors????" demanda-t-il, avide de nouvelles croustillantes.
"- Alors quoi? Ce n'est qu'une lettre Régis, rien de plus…
"- PARDON?? Artémis Entreri t'envoie un mot doux et c'est tout ce que tu trouves à dire???

Drizzt baissa instantanément le nez. Plusieurs passants s'étaient retournés à l'exclamation du petit homme: certains paraissaient amusés, mais la grande majorité semblaient outré de telles déclarations en public.

"- Régis!!! Pas si fort!!!" siffla l'elfe entre ses dents, "Et puis ce n'est pas un mot doux!! Il me donne rendez vous pour un duel!!!
"- Oh…quand. Et où.
"- Je ne…
"- Je veux savoir Drizzt." Il fixa l'elfe droit dans les yeux. "Il est très fort, et rien ne dit que c'est toi qui en sortira vainqueur. Et si jamais le pire devait arriver je…" il baissa les yeux, "si le pire devait arriver je veux pouvoir donner à mon amis une sépulture digne de lui…"

Drizzt fut plus touché par ces paroles que par n'importe quoi d'autre.
Il ne sut quoi répondre sur le moment: il ne s'attendait pas à ce que Régis pense à une chose pareille. Cela sous entendait que le petit homme appréhendait la situation sous un angle objectif: Entreri était un excellent guerrier, et lui n'était pas infaillible…
Finalement, il indiqua le lieu et la date du duel à son ami. Le sourire radieux que lui adressa celui-ci en guise de remerciements conforta Drizzt dans l'idée qu'il avait fait le bon choix. Cependant…

"- Régis??

Le petit homme s'arrêta juste à la porte des écuries de la plus grande et la plus chère auberge de la ville, dans laquelle ils passeraient la nuit: avec ses nouvelles données, l'elfe ne souhaitait pas s'attarder en ville. Ils repartiraient pour Mithril Hall le lendemain matin, après un copieux petit déjeuner bien entendu.

"- N'en parle pas aux autres….s'il te plait…
"- Bien entendu Drizzt. A personne.

Il lui offrit un autre sourire rassurant, et entra dans la salle, à moitié vide à cette heure-ci.
Drizzt savait qu'il tiendrait parole.

**********

[Quatre jours plus tôt…]

Artémis Entreri était connu.
Artémis Entreri pouvait être dangereux.
Et par dessus le marché, Artémis Entreri était connu pour être dangereux.
Alors forcément, quand un assassin de sa classe se déplaçait, même incognito, ça finissait toujours par se savoir. Pourtant, personne ne lui opposa résistance aux postes de garde, pas plus qu'on ne lui refusa sa chambre à l'auberge.
Il ne prétendait pas être connu de tous, mais généralement, les aubergistes des bas-fonds savaient "qui" il était au moment où il passait la porte.

Il ne comptait pas rester longtemps. 48h tout au plus.
Uniquement le temps de se glisser dans le palais de la dame, trouver sa chambre, s'y introduire, la charger de jouer les facteurs, et repartir aussi simplement…et peut être même par la grande porte!!!
Mais pour ça, mieux valait attendre la tombée de la nuit: il doutait fort que la dame locale apprécie sa visite...

Se faufiler dans les ruelles en fusionnant avec les ombres, rien de plus simple.
Se faire plus silencieux qu'un prédateur en chasse, sa seconde nature.
Mais une garde quadruplée autour du palais n'était pas du tout prévue au programme.
Tant bien que mal, Entreri fit le tour des défenses, déjoua les rondes, évita les patrouilles, et parvint, après plus de deux heures de chassé-croisé, à entrer dans la chambre de Alustriel.
La Dame, d'abord surprise, se reprit rapidement.

"- J'ignore pourquoi vous êtes là, mais sachez que je suis prête à…

Il la fit taire d'un simple geste de la main.

"- Comme vous dites oui: vous ignorez pourquoi je suis là, alors inutile de vous lancer dans une grande tirade digne d'un dramaturge, je ne suis pas venue pour vous tuer.

Il fallut un temps à Alustriel pour retrouver l'usage de la parole, temps qu'elle mit à profit pour faire une parfaite imitation de carpe jugea Entreri.
Elle se drapa dans sa dignité froissée, et se redressa de toute sa hauteur.

"- Ah?? Et qu'est ce qui me prouve que vous n'êtes pas là pour mettre fin à mes jours??
"- Vous seriez déjà morte???

Aaaah, si ils l'avaient vu: leur belle dame virant au coquelicot sous l'effet de la colère était presque plus jouissif que l'infâme Catti-Brie écopant du râteau du siècle face un certain Drow…
Non il n'était pas le moins du monde misogyne, il avait juste une dent contre les femelles trop intéressées par SON elfe noir.

"- ENTRERI!!! VOUS M'ECOUTEZ???
"- Vous devriez hurler un peu plus fort, on ne vous a pas très bien entendue au Val Bise…

Et sans plus de cérémonie, il traversa la pièce et s'installa dans un grand fauteuil.
De son coté, Alustriel était proche de l'hyperventilation, et jouait à nouveau les carpes.

"- Vous devriez vous asseoir," lui proposa civilement l'assassin, "j'ai quelques instructions à vous donner et vous serez toujours mieux assise qu'à piétiner votre tapis en attendant que je parte…"
"- Vous….vous….COMMENT OSEZ VOUS??? ET QUE ME VOULEZ VOUS A LA FIN!!!!

Entreri se retint de lui trancher la gorge sur le champs.
Il avait besoin d'un facteur, et elle était la seule qui approchait Drizzt comme bon lui semblait.
Il prit une grande inspiration et expira lentement. Calme. Il devait rester parfaitement calme.

"- Je veux simplement que vous soyer mon…mon messager.
"- Pa…pardon??" balbutia enfin la reine de Sylverymoon.
"- Je veux que vous donniez une lettre à quelqu'un pour moi…

Il sortit le parchemin d'un pli de sa tunique et joua machinalement avec. C'était devenu un tic récurant depuis qu'il l'avait écrit.
A chaque fois qu'il avait cette lettre entre les mains, il sentait comme un angoisse, une incertitude: une multitude d'hypothèses, de "et si" se bousculait, et aucune ne tournait jamais en sa faveur, hélas…

Finalement, Alustriel avait prit place dans un fauteuil elle aussi, et lui faisait face à présent.
Elle le fixait en silence, visiblement calmée.

"- C'est une missive…pour Drizzt, n'est ce pas?
"- Exact." Il lui tendit la lettre. "Je sais qu'il vient vous voir régulièrement, et que sa prochaine visite ne tardera pas. J'aimerai simplement que vous la lui remettiez. Et non, il ne s'agit pas d'un piège ou d'une quelconque embuscade.

Elle considéra la lettre un moment.
Elle hésitait à accepter cette "mission". Qui savait ce que complotait Entreri cette fois?? Il n'était pas réputé pour être un homme de confiance, pas plus que pour jouer franc jeu.
Cependant, il avait…changé. Depuis son retour à la surface, Entreri c'était montré différent.
Finalement, elle se leva et déposa la lettre dans le tiroir de sa coiffeuse.

"- Très bien. J'accepte. J'imagine qu'il est inutile de vous demander ce qu'elle contient?
"- En effet, c'est inutile.
"- Est-ce à ce point confidentiel?
"- Non, c'est simplement personnel. Et sur ces bonnes paroles…

Il se leva et esquissa une révérence digne de Jarlaxle, puis se fondit à nouveau dans les ombres, quittant la pièce sans un bruit, comme il était venu…
Quand Alustriel se retourna, elle ne vit rien ni personne, pas même une ombre.

Le soleil se levait à peine quand Entreri se retourna une dernière fois sur Sylverymoon: son facteur exécuterai sa mission à la perfection, ne serait-ce que pour savoir ce que contenait le message…
Avec un petit sourire satisfait, il reprit sa route. Même s'il avait plusieurs jours devant lui, mieux valait être en avance et préparer au mieux leur lieu de rendez-vous.


**********

Drizzt lut et relut le parchemin.
Il ne parvenait toujours pas à croire que l'assassin avait pris sa plume et lui avait écrit un "mot doux" comme le qualifiait Régis.
Un rendez vous.
Il ne pouvait le qualifier autrement.
Un rendez vous. Pour combattre visiblement. A moins bien sûr que "mettre un terme à leurs différents" ne signifie jouer au carte pour Artémis Entreri, ce dont il doutait fortement…

Bien entendu rien ne le forçait à se rendre au jour et à l'heure dite au point de rencontre.
Mais avant même de savoir où et quand il devait se rendre, il savait qu'il irait.
Simplement pour le plaisir de croiser le fer avec son ennemi de toujours, simplement pour le plaisir de combattre sans risques…

Sans risques?? Depuis quand une joute à l'épée contre le plus dangereux assassin qui soit est-elle sans risques??

Drizzt relit une énième fois le parchemin: plus que quatre jours.


***************

Catti-Brie se retenait à grand peine de courir chercher Drizzt.
L'heure de leur entraînement quotidien approchait, et la jeune fille avait hâte de commencer!!
Elle aimait par dessus tout ces moments privilégiés avec l'elfe noir: ils allaient à la surface et ferraillaient des heures durant, parfois sous l'œil vigilant de Guenhwyvar.
Après la "leçon", pendant laquelle elle ne gagnait jamais, ils retournaient à Mithril hall, discutant de tout et de rien, ou bien ils restaient dans la montagne et campaient pour la nuit autour d'un feu.
Catti-Brie toqua à la porte de l'elfe noir et attendit.
Pas de réponse. Elle toqua à nouveau, mais sans plus de résultat.

"- Drizzt?? Drizzt??

Elle poussa timidement la porte.
Elle comprit très vite que la pièce était vide.
Plus surprenant, la statuette de Guen' était posée sur la table, preuve que l'elfe n'était pas loin, et pourtant…

Le regard de Catti-Brie s'attarda sur le bureau.
Depuis quand l'elfe recevait-il des missives au cœur d'Ombre-ville?? Aucun messager n'était admis dans les galeries de Mithril hall: si missive il y avait, il se devait de la déposer à Pierrestable, d'où elle serait transmise aux nains.
D'ailleurs…à bien y réfléchir, Drizzt était plutôt bizarre depuis quelques temps.
A plusieurs reprises il lui avait demandé de repousser voire d'annuler leur séance d'entraînement ces derniers jours…depuis sa dernière visite à Sylverymoon…

Sans se demander si ses actes ne dépassaient pas ses prérogatives, la jeune femme se saisit de la missive. Elle la parcourut rapidement. A peine avait-elle lu qu'elle se précipitait au dehors, armée de Taulmaril et Kazid'hea…


***************

Catti-Brie se laissait maintenant guider par le bruit des armes qui s'entrechoquent.
Kazid'hea à la ceinture, Taulmaril à la main, la jeune femme priait quiconque l'écouterait de ne pas arriver trop tard. Mais le cas échéant, elle serait prête à affronter l'assassin pour venger l'elfe noir…
Comment le bretteur avait-il pu aller aussi loin aussi vite dans ce terrain accidenté?? Il n'était parti qu'en début d'après-midi, sans doute peu après le déjeuner…
Catti-Brie se dépêchait autant qu'elle le pouvait, défiant souvent la prudence la plus élémentaire, risquant à chaque instant de se blesser gravement.

Elle arriva enfin sur les lieux du duel.
L'elfe et l'humain ferraillaient sans relâche, complètement obnubilés l'un par l'autre.
La jeune femme resta immobile sur une corniche, quelques mètres au dessus des deux combattants. La danse qu'ils menaient était en tous points parfaite. A les voir ainsi, attaquant, parant, feintant, attaquant à nouveau, un étranger aurait pu croire qu'ils amants de longue date. Car seuls des amants auraient pu comme eux connaître à l'avance les mouvements de l'autre et agir en conséquence…

Des amants…deux moitiés d'un tout…un être et un autre, chacun reflet dans le miroir…

Une colère sans précédant s'empara d'elle.
Elle détestait l'assassin plus que n'importe qui d'autre à cet instant.
Elle avisa un rocher, parfait point de visée.
Elle déposa Kazid'hea à ses pieds, prit une flèche, banda Taulmaril et visa.
Elle prit tout son temps, ajustant soigneusement son tir. Elle ne pouvait pas blesser Drizzt et permettre à l'humain de l'achever en se précipitant bêtement.
Et ils étaient tellement absorbés par leur joute qu'il ne s'apercevrait de rien avant qu'il ne soit trop tard…

Les deux bretteurs combattaient toujours, sans qu'aucun des deux ne prenne le dessus, qu'aucun dès deux ne mène la danse.
Catti-Brie attendait l'ouverture qui lui donnerait son plus grand trophée…

Drizzt ne dit rien. Il sentit sa présence mais il ne dit rien.
Il resta concentré sur son combat, mais prit tout de même le temps d'adresser à l'archère un avertissement.
Un simple coup d'œil. Il avait à peine tourné la tête dans sa direction, mais Catti-Brie avait clairement lu le message dans le regard lavande: "Va-t'en."
Il l'écartait. Il la chassait. Tout ça pour être seul avec Entreri.
Mais pas cette fois.
Plus jalouse que jamais, elle s'appliqua plus encore.

L'assassin savait tout comme Drizzt que la jeune fille les épiait. Et il avait surpris le coup d'œil de l'elfe noir.
Lui aussi avait compris, et en d'autres circonstances, il aurait ricané bassement et se serait éhontément collé à Drizzt uniquement pour le plaisir d'admirer la déconfiture de cette gamine gâtée et beaucoup trop intéressée par "son" elfe noir.

Catti-Brie prit son temps.
La tâche serait ardue: Entreri se doutait certainement qu'elle était là et qu'il était dans sa ligne de mire
Et Drizzt ne facilitait pas les choses, constamment entre elle et sa cible à présent.

Drizzt tentait de se concentrer à nouveau pleinement sur son combat, mais sans grand succès.
Sans vraiment savoir pourquoi, il protégeait l'assassin. Sa Némésis de toujours morte d'une flèche de Catti-Brie n'était pas envisageable, pas plus que l'idée absurde de ne plus jamais croiser le fer avec lui...

Ce ne fut qu'une seconde.
Entreri, perdu dans le regard lavande qui le hantait depuis des mois.
Drizzt, capturé par les yeux glacier de son adversaire, esquivant un coup d'épée par un pas de coté…
MAINTENANT!!!

Un trait d'argent fendit l'air à quelques centimètres de lui.
Tel un éclair, la flèche suivit sa course et se ficha…

"- Entreri??

Le temps se figea.
Toute hargne perdue, l'elfe noir baissa sa garde, les bras ballants, fixant sans le voir son adversaire.

"- Entreri…" murmura-t-il, "…Entreri…"

Il n'entendit pas l'écho métallique de ses cimeterres heurtant le sol, pas plus qu'il ne se soucia des cris de l'archère postée un plus haut dans la montagne.
Il ne sut et ne vit qu'une chose: Entreri.
Soudain, toute cette énergie qui l'avait quitté quelques secondes auparavant revint. Plus rapide que jamais, il se précipita vers l'humain étendu, immobile à quelques pas de lui.
Il s'agenouilla près de lui et amena délicatement sa tête sur ses genoux.
Comme s'il craignait de le tirer de son sommeil, il effleura sa joue du bout des doigts.
Il avait l'air si paisible, si calme…presque innocent.

Drizzt ne pouvait détacher son regard de ce visage, de cet éternel sourire, présent même maintenant.
Ce n'est que lorsqu'il goutta le sel sur lèvres qu'il sut qu'il pleurait. Pour la première fois depuis des années, il se permettait de verser des larmes, et c'était pour lui. Même à la mort de Wulgar il n'avait pas pleuré.
Et pour l'assassin…

"- Drizzt?? Drizzt tu n'as rien???" haleta Catti-Brie, arrivant à peine sur les lieux.

Aucune réponse.

"- Il est mort maintenant, il n'essayera plus et de te faire du mal!!" déclara-t-elle, fière de son exploit. "…Drizzt?? Tu ne dis rien??
"- Laisse le…
"- Mais Régis…
"- Viens!!!

Sans la laisser ajouter un mot, Régis entraîna Catti-Brie vers Mithril hall: l'elfe noir avait besoin d'être seul.

~* Fin *~
[Mémoire]



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