Il me manque.
Je ne sais pas ce qui m'a pris.
Je ne sais ni pourquoi ni comment
Mais il me manque.
La fatigue des cours
de l'entraînement peut-être
les
deux ajoutés, la semaine épuisante que je viens de passer
peut
être
sans doute
je n'en sais rien
Tout allait bien il y a encore deux heures.
Je souriais, je riais, je ne pensais qu'au repos de ces prochains jours
après ces semaines de travail intensif et d'examens
J'ai beau essayer de chercher, j'ai beau me demander pourquoi, je ne
trouve rien
Rien qui puisse expliquer pourquoi j'ai tant besoin de le voir, là,
maintenant, dans la minute
Peut-être la fatigue est-elle retombée d'un coup, peut-être
le fait que je l'ai à peine croisé ces derniers temps,
peut-être aussi parce qu'il est toujours entouré, quoiqu'il
en dise, et moi plus solitaire?
Peut-être
ou peut-être pas
Je ne suis sûr de rien, ou plutôt que d'une seule chose
Il me manque.
Quoique
même ça je n'en suis pas tout à fait
certain
Ce n'est pas vraiment lui qui me manque à ce moment précis
ou
peut-être bien
juste une présence pour chasser la
peur
ou peut-être pas
Je me sens comme un gosse apeuré pendant un orage.
Je tremble.
J'en suis au point où l'on pourrait croire que je meurs de froid.
Mais il fait chaud dans ma chambre
Je ne peux pas m'empêcher de pleurer.
Je ne sais même pas pourquoi je pleure au juste, mais le fait
est que je ne peux empêcher les larmes de couler.
Je ne suis pas triste ni même déprimé mais je pleure
comme un gosse que l'on vient de gronder.
J'ai peur.
Je ne sais pas de quoi mais j'ai peur.
Pourtant j'ai toujours adoré l'orage, je ne peux pas en avoir
peur maintenant
C'est lui qui n'aime pas ça
Je crois que c'est le pire de tout: la peur panique.
Cette peur aveugle et sans but que je n'ai aucun moyen de combattre.
Je tourne en rond.
Si je m'assoie à mon bureau, je tourne sans arrêt la tête
pour être sûr qu'il n'y a personne, qu'il n'y a rien
Je ne peux pas lire.
Qui sait ce qui pourrait se passer une fois que j'aurai le nez dans
les pages??? Et de toutes manières je ne suis pas d'humeur à
lire la vie d'un esclave de Caligula, encore moins des histoires de
vampires.
D'ailleurs, je ne peux même pas rester dans mon lit.
Trop de choses me reviennent en mémoire.
Tout me ramène à lui.
Parce que c'est ici que tant de choses se sont passées, et se
passeront encore très probablement
Parce que je suis toujours aussi fébrile, parce que je suis
toujours en proie à la panique.
Parce que quoique je fasse rien ne me calme.
Je tourne en rond comme un lion en cage j'ai l'impression d'être
enfermé, étouffé, je voudrais sortir, respirer
à l'air libre
Mais j'ai peur.
J'ai peur de sortir de cette pièce, j'ai peur de partir de me
perdre de ne plus jamais revenir, j'ai peur que la nuit m'avale tout
entier et ne me laisse plus jamais le voir, l'approcher
J'ai peur de n'être qu'à peine conscient de son existence,
de ne plus pouvoir sentir sa présence si le noir m'emmène
A faire autre chose, j'ai peur de l'oublier, j'ai peur qu'il m'oublie
en retour, j'ai peur de ne plus exister
J'ai peur de disparaître de leurs mémoires, de leurs vies,
de sa vie sans qu'il s'en aperçoive
Pourtant
Pourtant en proie à cette panique inexplicable
Je m'attends à le voir à chaque fois que je me retourne
J'ai l'impression qu'il est là, juste derrière moi et
qu'il va me sourire, m'ouvrir ses bras pour que je m'y blottisse quand
je ferai volte-face
Parce que dans cette peur qui me tenaille, c'est tout ce que je cherche.
Lui.
Ses bras qui me serrent.
Ses mains qui me caressent.
Sa chaleur qui me berce.
Sa voix qui me rassure.
Il me manque.
En cet instant où tout n'est que détails et source d'angoisse,
je n'ai besoin que de lui.
Il me rassure.
Il me protège.
Il est fort je le sais, et je le connais même s'il reste l'inconnu.
Oui, lui à qui je me suis donné cette nuit-là
malgré les doutes et la peur, cette peur puérile mais
si touchante quand on y pense, il reste l'inconnu.
Inconnu que je souhaite ne jamais pouvoir tout à fait saisir,
parce que dans ce cas, ça ne vaudrait plus la peine
parce
qu'il n'y aurait plus rien à chercher, plus rien découvrir
Parce que même si j'ai déjà caressé sa joue
des centaines de fois...même si j'ai déjà embrasser
ou simplement effleuré sa nuque des milliers de fois...même
si je connais parfaitement son odeur...
C'est toujours pareil à chaque fois que je le vois: c'est comme
si je caressais sa joue pour la première fois, que mes lèvres
effleuraient sa nuque pour la première fois, ou que je m'enivrais
de son odeur pour la première fois...
A chaque fois que je l'approche, que je le touche, c'est comme si tout
recommençait et que je découvrais la sensation de mes
mains sur sa peau
Et voilà la panique qui revient.
Et je pense à des choses affreuses.
Et si c'était la dernière fois?? Et s'il nous arrivait
quelque chose à l'un ou à l'autre???
Et si
et si
Et si je ne le revoyais plus et si je disparaissais
et si
si
J'ai peur.
J'ai tellement peur.
Et j'ai mal.
Tellement mal.
Parce qu'en cet instant précis, tout ce que je voudrais c'est
être avec lui et me cacher dans ses bras, et me laisser gagner
par un sommeil profond, si profond que seules ses mains et sa bouche
pourraient m'en sortir
Il me manque.
Il me manque parce que dans cet élan de panique j'ai peur que
tout s'écroule, j'ai peur d'être séparé de
lui à jamais
J'ai peur qu'une fois à sa portée, une main divine en
mal de jeux ne l'éloigne de moi encore plus qu'il ne l'était
auparavant
J'ai peur de ne jamais pouvoir le rejoindre, comme si sa simple présence
m'était subitement interdite
S'il était là, je serai probablement accroché
à lui comme si ma vie en dépendait.
Notez que Kogure attaché à Mitsui ne gênerait probablement
personne au gymnase: toute l'équipe est au courant, et visiblement
cela ne gène personne. Tant mieux.
Mais il n'empêche qu'il me manque et que j'ai peur
Je l'imagine
S'il était là, il me prendrait dans ses bras et me bercerait
doucement, comme il l'a déjà fait
cette nuit là
aussi j'étais en proie à la panique
mais pour une
raison bien précise
Il caresserait mes cheveux tendrement, et me dirait qu'il est juste
là, que tout va bien
Il s'allongerait avec moi dans le lit, nous couvrirait tous les deux,
et m'enlacerait pour me cajoler et me calmer, en attendant que le sommeil
me gagne
Et une fois endormi, je sais qu'il veillerait sur moi, guettant le moindre
cauchemar
On dirait
on dirait que ça va mieux maintenant
Oh bien sûr, si l'on me demandait, je choisirais bien évidemment
d'être avec lui dans son lit plutôt que seul roulé
en boule dans le mien
Mais je pourrais presque sentir sa présence à mes cotés
.juste
en fermant les yeux
Ma respiration s'est calmée, et mes mains ne tremblent presque
plus
Je pense que ça va mieux maintenant
du moins pour l'instant
J'ai encore quelques soubresauts de panique de temps en temps mais
.
C'est comme si cette panique qui s'était emparée de moi
me laissait lentement, et que la peur s'en allait avec elle
Seigneur je suis épuisé.
J'ai l'impression d'avoir couru pendant des heures sans m'arrêter.
Et maintenant que j'arrête peu à peu de trembler
je
me rends compte également que j'ai mal partout, comme si j'avais
été roué de coups
Mais j'ai tout de même peur d'arrêter la musique et d'éteindre
la lampe
je voudrais tant qu'il soit là
Mais ce n'est pas le cas
De toutes façons je ne pourrai pas dormir seul, pas maintenant,
pas tout de suite
Je sais bien qu'elles ne pourront rien pour moi si je me réveille
en pleine nuit en proie à la panique mais au moins
ces peluches
que j'ai retrouvé dans mon placard me tiendront compagnie jusqu'à
demain matin
Elles n'ont ni son odeur, ni sa chaleur mais au moins
je ne suis
pas seul dans mon lit
Mais que faire si ce qui vient de se passer arrive encore??
Je devrais
Je devrais peut-être lui voler un vêtement ou son écharpe?
j'aurai
son odeur et l'illusion qu'il est près de moi dans ce genre de
moments
Je pourrais serrer cette étoffe contre moi et je n'aurai qu'à
imaginer qu'il est juste là, tout près
Ca serait puéril oui
de même que l'idée d'aller
fouiller dans son placard sans me faire voir pour lui subtiliser quelque
chose de bien à lui
Mais je m'en occuperai demain: il est grand temps d'aller dormir
~* Fin *~