Je ne dors pas.
Et je ne dormirai probablement pas avant plusieurs jours
J'admets volontiers que perché sur le rebord d'une fenêtre,
une cigarette à la main n'est pas la meilleure des solutions pour
trouver le sommeil, mais qu'importe
même couché dans
ce grand lit au milieu des draps de satin, je sais que je ne dormirai
pas: il n'est pas là.
D'un homme ou d'une femme, jamais je ne pensais dire cela un jour mais
je
ne peux plus dormir sans lui
Fut un temps n'importe qui suffisait
plus maintenant hélas
Avant, n'importe quelle femme ou bien n'importe quel type, mignon, majeur
et consentant me satisfaisait
Et contrairement à ce que beaucoup peuvent penser, me "satisfaire"
n'était pas bien difficile. Tout ce que je voulais c'était
quelqu'un dans mon lit pour repousser la solitude
la solitude et
les cauchemars
Mais tout cela, c'était bien avant lui.
Je me demande encore comment j'en suis arrivé là.
Il est comme une drogue et même plus encore, il m'est vital
car
je ne crois pas qu'il existe une cure de désintox assez efficace
pour m'apprendre à exister sans Bradley Crawford
Mon Dieu
voilà que je me mets à parler comme un roman
à l'eau de rose
Mon cas est encore plus désespéré
que je ne le pensais
Mais peut être que si je
non, inutile:
je suis accro à ce type, sans doute au point de faire ce qu'il
veut.
Je le sais et il le sait, bien entendu.
En fait, tout a été joué depuis ce jour là.
Nous nous étions disputés.
Je serais même tenté d'ajouter "comme toujours".
Et comme à chaque fois dans ce genre de situation, il était
le plus fort.
Alors que je gesticulais, criais, lui
lui, il restait de marbre.
Avec un petit sourire méprisant au coin des lèvres, d'un
ton calme et détaché, il m'a servi les remarques les plus
acerbes de son répertoire.
La raison de cette dispute? Je ne m'en souviens même plus. Probablement
rien. Une remarque un peu sèche faite à propos d'une broutille
mais
tout dégénère très vite entre nous.
Au début, nous étions ennemis, mais nous sommes rapidement
devenus
amis, en quelque sorte.
A l'heure ou nos "collègues" respectifs toléraient
à peine la présence des autres, il n'était pas
rare de nous trouver tous les deux en train de discuter tranquillement
devant un verre.
A ce moment là, j'aurais peut être dû me dire que
quelque chose n'allait pas: j'étais le seul à la boutique
avec qui il avait ce genre de contact. Il ne me l'a jamais dit mais
du
jour où Omi et Nagi se sont découvert une passion commune
pour l'informatique, ils ne se quittaient pour ainsi dire plus.
De même lorsque Ken est rentré un jour avec Farfarello.
Il semblerait que le foot aille à l'encontre des instances divines
ou,
pour être exact: "apprendre à jouer à un jeu
stupide et inutile blesse Dieu."
Allez comprendre
Quoiqu'il en soit, je ne me suis jamais posé de questions.
Pas même après m'être réveillé dans
son lit un matin, avec la seule certitude d'avoir ingéré
beaucoup trop d'alcool en une seule soirée.
Comme je l'aurai fait avec n'importe qui, je me suis levé en
silence et je suis parti: je n'aime pas rester quand je ne suis pas
sûr que ma présence est souhaitée
Quand je suis arrivé au Koneko, Aya avait déjà
ouvert.
Je ne lui ai pas laissé le temps d'ouvrir la bouche: j'ai traversé
le magasin et je suis monté chez moi.
Il y avait un message sur le répondeur: "Heureusement que
je n'avais pas prévu le petit déjeuner pour deux visiblement
Enfin
quoiqu'il en soit, je voulais juste te mettre en garde: Fujimiya est
de méchante humeur et risque de s'en prendre aux clientes, et
Hidaka va frôler la crise cardiaque s'il entre dans la chambre
de Tsukiyono aujourd'hui. A plus tard
du moins je l'espère
"
J'aurais peut être pu rester finalement
même si je
sais pertinemment que l'on a beau dire, personne n'offre jamais le petit
déjeuner à une putain.
La bonne chose à faire aurait été de me cloîtrer
chez moi mais
à quoi bon
les derniers mots de son message
avaient été ajoutés à la hâte: il
savait déjà que nous nous reverrions ce jour là
et
malgré tout, le lendemain matin, il avait prévu
le petit déjeuner pour deux
J'ai l'impression que je suis arrivé chez lui du jour au lendemain
et c'est probablement le cas. Comme je le disais, tout dégénère
très vite entre nous, et "partager son lit" est très
vite devenu "partager son appartement"
Ca l'est même devenu trop vite sans doute
Enfermer le jour et la nuit dans un même coffre n'est pas très
raisonnable, mais ce n'est pas censé être un de mes points
forts. Lui aurait dû stopper tout cela avant que ça n'aille
trop loin
il ne l'a pas fait.
Tout est source de conflits, et comme à chaque fois, ce jour
là, j'étais en tort. Parce que je ne peux qu'être
en tort n'est-ce pas? Après tout, il est ici chez lui, si quoique
se soit ne me convient pas, je n'ai qu'à partir
même
si j'en mourrai probablement
Cette fois ci pourtant, j'ai claqué la porte.
Je ne sais pas ce qui m'a pris. Peut être ce regard dédaigneux
posé sur moi
sans doute cette façon de me toiser
même assis dans son grand fauteuil
certainement ses mots,
plus tranchants que n'importe quel poignard
Je sais pertinemment que sans lui je ne suis rien, mais il n'était
pas obligé de me le rappeler comme ça
Alors j'ai fui. J'ai marché pendant des heures et des heures.
Il était hors de question de rentrer chez lui, mais d'un autre
coté, je ne pouvais pas me décider à rentrer au
Koneko
Finalement, la seconde alternative était un peu moins humiliante
que la première, alors je suis rentré chez moi.
Ca faisait un moment déjà que j'habitais chez Brad.
C'est sans doute pour ça que ça m'a fait aussi bizarre
de rentrer chez moi.
C'est certainement pour ça que Omi a tout de suite compris que
quelque chose n'allait pas.
Durant tout le temps où je suis resté, personne n'est
venu me chercher pour aider à la boutique. Il avait dû
prévenir les autres qu'il valait mieux me laisser seul sans doute
Et
même lui qui d'habitude s'inquiète pour un rien et s'occupe
de nous n'est pas venu me voir.
Ca n'a pas dû être simple pour lui de me voir comme ça.
Il faudra que je m'excuse à l'occasion.
Je suis resté enfermé trois jours. En arrivant, je m'étais
réfugié sur mon lit, quand j'ai quitté les lieux
72 heures plus tard, je n'avais pas bougé. Je ne sais pas pourquoi
j'ai choisi cette place en particulier. Sans doute l'éternel
faignant que je suis qui s'est manifesté au moment où
je suis entré
Ce qui m'a décidé à retourner chez lui, je ne le
sais pas vraiment. Le manque peut être
Tout ce qui est sûr,
c'est que je devais aller m'excuser auprès de lui puisque c'était
forcément ma faute
Je suis donc revenu et
j'ai été surpris.
Je pensais qu'il serait dans le salon, en train de lire le Times, section
économie pour ne pas changer, ou bien en train de regarder les
infos, mais je l'ai retrouvé au même endroit où
je l'avais laissé, dans son grand fauteuil en cuir noir, dans
la chambre.
Quand je l'ai vu, je me suis dit l'espace d'une seconde que lui non
plus n'avait pas
mais je me suis vite rendu compte que c'était
loin d'être le cas: il était impeccable, comme toujours,
dans son costume Armani beige.
Je n'étais pas entré dans la chambre. Quand je l'avais
aperçu, j'avais machinalement stoppé sur le pas de la
porte. Quand il a levé les yeux sur moi, je pensais y trouver
du mépris
de la colère peut être
En fait
ce fut pire: il n'y avait rien, juste un calme olympien. Malgré
cela, j'attendais tout de même un commentaire particulièrement
cinglant sur le fait que je sois revenu.
Je l'attends encore.
Tout ce que j'ai eu fut un simple: "Alors, qu'as-tu appris?"
Je m'attendais à beaucoup de choses, mais certainement pas à
cela. C'est pourquoi au lieu de toutes les remarques cassantes que j'avais
déjà imaginées pour me défendre, je lui
ai simplement répondu: "Rien que je ne sache déjà
"
Ca peut paraître idiot mais
après tout je venais
tout juste de m'apercevoir que sans lui je n'étais rien, et je
le savais depuis longtemps, même si je n'avais jamais voulu le
reconnaître. J'étais devenu dépendant de lui à
un point que je n'aurai jamais pu imaginer possible
Seigneur
je suis d'un pathétique
j'en pleurerai presque
Je ne sais pas pourquoi je m'acharne: ce que je ressens pour lui ne
me sera jamais rendu.
Ce jour là, je suis sûr qu'il savait que je reviendrais.
C'est certainement pour ça qu'il a repris la place exacte qu'il
avait quand je suis parti. Je suis même certain qu'il m'avait
vu partir, qu'il savait très exactement ce qui allait se passer
comme
à chaque fois.
Je me suis toujours demandé pourquoi il ne cherche pas à
les stopper, puisqu'il les voit. Car il en est capable, je le sais,
je l'ai vu. Et il ne s'agit pas d'arrêter la destruction du monde,
mais simplement d'éviter des querelles stériles.
Peut être
peut être attend-il que je m'en aille
ou
bien peut être veut-il savoir jusqu'où il peut aller
Mais c'est idiot.
Il devrait le savoir maintenant: rien ni personne ne saurait me détacher
de lui.
La seule chose qui pourrait me faire partir définitivement serait
qu'il me mette à la porte.
Pourquoi ne l'a-t-il pas encore fait, je me le demande
Comme je le disais, sans lui je ne suis rien, strictement rien, je ne
peux rien faire.
La preuve: il n'est pas là, je ne dors pas. Je suis tellement
dépendant de lui que même mon sommeil, c'est lui qui me
le donne.
Je sais qu'il ne supporte pas ceux qui ne sont pas capables de vivre
par eux-même et pourtant, il me supporte. Je ne comprends pas
pourquoi il me laisse rester ici.
Par pitié sans doute, je ne vois rien d'autre. Je dois représenter
la seule parcelle de bonté, donc de faiblesse qu'il s'autorise
Je ne suis rien.
Je ne sais rien faire.
Je n'ai absolument rien qui puisse lui être utile.
Je ne suis pas doué pour les affaires.
Je déteste faire le ménage.
Je ne sais pas cuisiner, du moins pas quelque chose de mangeable.
Et je sais pertinemment que si jamais il avait besoin d'un réconfort
quelconque, ce n'est certainement pas moi qu'il viendrait trouver.
Pourquoi ferait-il une chose pareille?? D'ailleurs, qui ferait une chose
aussi stupide??? Personne à ma connaissance.
Une autre raison pour laquelle je suis parti, mais de l'immeuble au
dessus du Koneko cette fois.
Non pas que je ne veuille pas vraiment vivre là-bas mais
ils
sont bien mieux sans moi.
J'y travaille toujours c'est vrai.
Et même si Omi semblait triste au début
c'est bien
mieux pour tout le monde.
Pour eux, parce qu'ils n'ont plus de voisin couche-tard et bruyant,
et pour moi parce que
parce qu'en ne vivant plus avec eux, je me
rends moins compte que je ne pourrai jamais être aussi proche
d'eux qu'ils ne le sont tous les trois.
Je ne dis pas que se ne sont pas mes amis, loin de là!!! Simplement
nous sommes
.différents. Outre la boutique, ils ont tous
quelque
chose, quelqu'un. Si jamais le Koneko venait à disparaître,
ils leur resteraient toujours un but, une présence.
Moi je n'ai rien.
J'attends simplement que Brad se lasse de moi et me dise gentiment de
prendre la porte. J'attends le moment de ma chute, et c'est tout ce
qu'il me reste, maintenant que Weiss n'est plus.
Voilà pourquoi je n'aime pas être seul ici.
Voilà pourquoi je n'aime pas être seul en général:
la solitude me ramène inexorablement au fait que personne n'a
besoin de moi.
Pas même Brad.
Surtout pas Brad.
Je sais très bien qu'il a plus confiance en Schuldich qu'en moi,
mais je ne l'en blâme pas. Pourquoi donner de l'importance à
quelque chose si elle ne vous sert à rien??
Qui sait
peut être que cette fois
peut être que
cette fois, il ne reviendra pas seul.
J'attends le jour où il reviendra avec
quelqu'un, homme
ou femme, peu importe. J'attends le jour où il reviendra, et
avec son plus beau sourire, me présentera celle ou celui qui
a de l'importance. Celle ou celui qui lui est "utile". Celle
ou celui sur qui il peut compter, à qui il peut se confier.
J'attends ce jour où il me dira enfin que tous ses voyages d'affaire
n'étaient que des excuses pour aller lui rendre visite. Que toutes
ces nuits passées sur le rebord de cette fenêtre à
penser à lui sans pouvoir dormir n'ont servies à rien.
Que toutes ces nuits, il était heureux que je ne sois pas dans
son lit.
Je ne suis pas devin c'est un fait.
Mais je sais que ce jour est proche.
Je pourrais partir de mon propre grès, nous rendre service à
tous les deux.
Mais même cela, je ne peux m'y résoudre. Même si
je sais que je n'ai rien, je veux encore faire semblant
faire semblant
jusqu'au dernier moment, croire que je suis utile à quelqu'un,
croire que mon existence importe à un autre individu
même
si je dois en crever ensuite
2 h. Cette putain de nuit n'en finira donc jamais?
Il doit rentrer demain
disons plutôt aujourd'hui, vu l'heure.
Il doit arriver dans la matinée. Je sais qu'à peine arrivé,
il s'enfermera dans son bureau mais
mais peut-être qu'avec
un peu de chance, son voyage se sera bien passé, et qu'il me
laissera rester dans son bureau.
Peut être si je reste dans un coin, immobile, il finira par m'oublier,
et il me laissera rester
Parce que même ça je n'y ai pas droit. Schuldich peut entrer
et sortir de ce bureau quand bon lui semble. Les autres ex-membres de
Schwarz aussi.
Mais pas moi.
Je ne me fais pas d'illusions: je sais bien que ça n'arrivera
pas, je sais bien qu'il n'acceptera pas, qu'il ne voudra pas de moi
Parce
qu'au fond de moi, je sais que c'est demain
tout à l'heure,
qu'il rentrera accompagné.
Je sais que c'est bientôt l'heure de faire mes bagages et de quitter
ces lieux à tout jamais, mais je ne veux pas.
Je ne veux pas.
Je sais que je ne vivrai pas sans lui, je sais que personne ne sera
là pour m'attendre dehors.
Et je ne veux pas être seul.
Je sais que je n'ai rien, alors pourquoi ai-je peur de perdre quelque
chose que je ne possède pas?
Je suis tellement pitoyable que je me dégoûte
Comment
peut-il supporter de vivre sous le même toit que moi??
2h30 maintenant.
Aussitôt qu'il sera rentré je devrais partir
Je peux me tromper, mais je pourrai tout aussi bien avoir raison, pour
une fois
Ce lit
si vide quand il n'est pas là
Ce fauteuil, où je n'ai pas le droit de m'asseoir, ou personne
à part lui n'a le droit de prendre place. Duquel on domine toute
la pièce, tout en pouvant jeter un il à la fenêtre.
C'est probablement la dernière fois que je suis assis ici. C'est
probablement la dernière fois que je jette ma cendre par cette
fenêtre
Je n'aime pas sa façon de faire passer le travail avant tout
le reste
avant moi.
Je n'aime pas sa manie de toujours se lever tôt
sans moi.
Mais par dessus tout, je hais ces voyages d'affaire: il me manque
~* The End *~
[Soft: Brad]